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L’échec de l’intelligentsia africaine face à la problématique d’intégration nationale dans les États post-coloniaux.  0

Les appels de Bob Marley et de Myriam Makeba à l’unité nationale et transnationale des peuples africains sont, jusqu’en ce premier quart du 21ème siècle, restés quasiment lettre morte.

Toujours divisés à l’intérieur des Etats et maintenant menacés par les séparatismes ethniques et confessionnels, les États de l’Afrique postcoloniale peine à réaliser leur intégration nationale et leur unité transnationale, régionale et continentale.  

Ils  sont  marqués par l’incapacité de leur intelligentsia à formuler et à résoudre la problématique vitale d’unité politique de la diversité des appartenances ethniques et confessionnelle. Le sentiment d’appartenance nationale entre les identités culturelles diversifiées des territoires  est battu en brèche par le sentiment d’appartenance communautaire et par le rejet subséquent de l’altérité. Le panafricanisme est démenti par le repli identitaire et la xénophobie.

Armée du verbalisme antidémocratique de la révolution prolétarienne et des déclamations creuses de l’anticolonialisme de salon et de l’antilibéralisme, une grande partie de l’intelligentsia des États postcoloniaux officie en qualité d’intellectuelle organique au service des despotismes ou s’engage dans une opposition inefficiente porteuse de domination. Inspirée bien souvent  par le modèle marxiste et maoïste elle installe des dictatures liberticides et anime des oppositions anti-démocratiques.

Depuis les années 1990, dans l’ère de la démocratie pluraliste, elle opère en qualité d’architecte des intégrismes confessionnels et du mythe ethno-nationaliste. Obsédée par le culte du terroir, de l’autochtonie et du village, elle  installe des États communautaires ségrégationnistes, manie avec dextérité le charabia étrange de l’anticolonialisme oppresseur et du panafricanisme xénophobe.

Les Etats africains peinent donc à réaliser leur intégration nationale et leur unité politique régionale et continentale.

Le modèle politique d’État-nation qui permet d’opérer la combinaison de l’unité de gestion et de la diversité des appartenances est supplanté par un modèle concurrent d’unité politique. Une partie l’intelligentsia africaine rejette le modèle de l’Etat-nation démocratique pluraliste au profit du modèle de la communauté villageoise ethiquement homogène et de l'Etat communautaire parce que ces derniers favorisent l’instrumentalisation politique de l’ethnicité dans la lutte pour le pouvoir.

Dans les États centralisés ce modèle d’homogénéité  communautaire qui combat l’État-nation moderne a enfanté des dictatures tribales et lignagères. Dans les États fédéraux il a engendré des fédéralismes ethniques et confessionnels sans unité politique réelle. Ces modèles véhiculent nécessairement des politiques d’exclusion, génèrent la désintégration nationale et le sous-développement.

L’enjeu politique de la démocratie africaine est aujourd’hui de substituer au modèle politique d’unité communautaire qui sépare et divise, le modèle politique d’unité nationale qui réunit et rassemble. Le projet de construction nationale devrait, à cet effet animer le programme des majorités démocratiques et son exécution devrait être le critère de leur légitimité politique.

Quel nationalisme dans les États postcoloniaux d’Afrique au sud du Sahara?

Considérons, en perspective,  le cas emblématique de la Côte d'Ivoire, pour analyser cette problématique générale. En ce pays qui se caractérise par sa diversité ethnique et confessionnelle, les thématiques du nationalisme, de la défense d’une identité culturelle et d’une souveraineté nationale menacée par une invasion étrangère et par les intérêts du capitalisme financier international, occupent la scène de l’affrontement politique depuis les années 1990.

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Grd-Bassam ou l’instrumentalisation politique de l’ethnicité à des fins de pouvoir en Côte d’Ivoire.

Il ne faut pas oublier ce principe: dans les États de l’Afrique postcoloniale, la revendication identitaire vient plutôt des dirigeants et des idéologues que de la masse de la population. Cette revendication artificielle sert les intérêts particuliers des acteurs politiques qui instrumentalisent l'ethnicité dans la lutte pour le pouvoir.

La revendication identitaire justifie toujours des politiques nationalistes qui méprisent les intérêts sociaux de la masse de la population au lieu de les défendre.

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Côte d’Ivoire : les problèmes posés par l’alternance au sein du RHDP.

Ce n’est un secret pour personne. Le PDCI est divisé entre une aile démocratique et républicaine, houphouëtiste par conviction, et une aile ethno-nationaliste anti-houphouëtiste par position idéologique antilibérale (Cf. " La problématique du RHDP Parti-unifié en Côte d'Ivoire: l'analyse biaisée de Jean-Baptiste Placca". cedea.net, 22 avril 2018). Cette aile ethno-nationaliste tend à orienter vers l’extrémisme et à transformer en parti d’extrême droite anti-libéral le PDCI qui est parti libéral de centre-droit. Inspirée par la revendication identitaire et le refus de la diversité, cette dynamique centrifuge subvertit le nationalisme libéral originaire du PDCI-RDA. Ce nationalisme ouvert à l’Altérité fut à la fois la force motrice de l’Indépendance politique de la Côte d’Ivoire et de son architectonique nationale étant entendu que l’unité de notre pays est constituée par l’équilibrage de sa diversité sociologique.

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L’élection de George Weah au Liberia n’est pas celle d’un autochtone contre les étrangers.

En élisant George Weah, les Libériens ne viennent pas de faire le choix de l’État communautaire contre l’État démocratique. Ils ne viennent pas de choisir l’autochtonie et la nationalité contre la citoyenneté. George Weah n’est pas un autochtone qui vient de conquérir l’État pour libérer les siens de la domination des  étrangers.  Il  est un enfant du ghetto, qui est sorti de sa condition de classe par la force de son talent, et qui vient d’être politiquement consacré, pour cette raison, à travers les urnes, par le choix majoritaire des Libériens. Il a été élu parce que la majorité des Libériens a investi sa confiance et son espérance d’émancipation sociale, économique et politique dans ses capacités  et aptitudes personnelles. C’est le représentant politique des catégories sociales économiquement et politiquement dominées qui accède à la direction de l’État par les vertus de la démocratie.

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Promouvoir la citoyenneté pour conforter la démocratie en Côte d’Ivoire.

Avant de démontrer de manière argumentative que la reconstruction d’une appartenance nationale citoyenne, composante de base de la démocratie et condition du développement endogène, doit être prioritaire en Côte d’Ivoire, il importe de souligner l’unicité de la démocratie. « Il n’y a pas de démocratie blanche ou noire, chrétienne ou islamique ; toute démocratie place au-dessus des catégories « naturelles » de la vie sociale la liberté du choix politique. C’est le sens ultime de la définition même de la démocratie: le libre choix des gouvernants par les gouvernés » dit Alain Touraine. Les appels récurrents au rejet d’une démocratie dite « occidentale » au profit d’une démocratie  spécifiquement africaine sont clairement motivés par la volonté des groupes dominants de maintenir, au détriment du plus grand nombre, les privilèges garantis par les régimes d’oppression et de tutelle.

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La redistribution des fruits de la croissance, raison d’être sociale de la démocratie.

La démocratie libérale est faite pour redistribuer les fruits de la croissance, redistribution nécessaire qu'appelle l'impératif économique d'investissement et d'accumulation des ressources. Comme nous le montre Alexis de Tocqueville, le projet politique ultime qui anime la démocratie est de réaliser l'égalité de condition des citoyens, d'assurer de manière tangible à tous les membres de la cité une dignité des conditions de vie. Les trois dimensions de la démocratie libérale, la citoyenneté, la représentation politique des intérêts sociaux, la limitation du pouvoir par les droits de l’homme, ont une finalité sociale et concourent à réaliser ce projet.

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Le choix calamiteux de l’ANC post-Mandela.

Elections ANC ZumaAprès la sanction mémorable que les électeurs sud-africains ont infligée à l’ANC dans les urnes, les analystes pensent que, pour s’éviter un nouveau recul électoral et pour retrouver sa suprématie, ce parti pourrait être tenté d’écourter, avant terme, le règne de Jacob Zuma. "Jacob Zuma doit achever son mandat dans trois ans, mais le parti pourrait être tenté d’écourter son règne pour s’éviter un recul encore plus grave dans les urnes aux élections générales de 2019."note Jeune Afrique.

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Le deal Laurent Gbagbo-Mamadou Koulibaly. Autopsie d’une faillite et d’un naufrage. (2ème partie)

 Les causes objectives de l’évolution catastrophique du FPI sont à rechercher dans le caractère foncièrement antagonique du socialisme de Laurent Gbagbo et du libéralisme de Mamadou Koulibaly. Le socialisme du premier était de nature étatique antilibérale et anticapitaliste. Le projet de société qui était le sien était influencé par la doctrine marxiste-léniniste de la dictature du prolétariat. Le libéralisme du second était de nature antiétatique, élitiste et darwinienne. Il était au contraire influencé par le modèle bourgeois de la société et par le modèle capitaliste de l’économie dérégulée. Le liant de ce mariage contre nature de la carpe et du lapin, était l’anticolonialisme de ressentiment et d’imprécation qui aveugle. Cet anticolonialisme de slogans et ce panafricanisme contradictoirement xénophobe représentaient l’antithèse démagogique de l’anticolonialisme et du panafricanisme visionnaire humaniste d’action et de propositions d’un Kwamé Nkrumah ou récemment d’un Thomas Sankara.

 Dans les deux bords idéologiques de cette alliance contre-nature, les valeurs des démocraties libérales, l’autonomie de la personne, l’égalité, la liberté, la citoyenneté, la limitation du pouvoir par les Droits de l’homme, étaient rejetées. Considérées comme superstructures idéologiques du mode de production capitaliste, ces valeurs furent identifiées au système économique de l’Occident colonisateur. Ce rejet des valeurs du libéralisme positif dont le socialisme voulait cependant remplir pleinement le programme, rompit la passerelle qui aurait pu unir idéologiquement les deux parties de l’alliance.

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L’Afrique du sud, l’espérance brisée de l’Afrique Noire. (2ème partie)

La solution de Jacob Zuma est-elle crédible ?

La maladie de la démocratie sud-africaine, dont la xénophobie est le symptôme, est la crise de la représentation politique des intérêts des populations. La crise de la représentativité résulte de la dérive oligarchique de la classe politique. Elle survient quand cette dernière se met au service de ses propres intérêts, se coupe de la société qu’elle utilise comme ressource politique. La représentation politique des intérêts de la diversité sociale que la démocratie électorale représentative permet de satisfaire est bien souvent dévoyée en Afrique Noire. La représentativité démocratique s’y conçoit, bien souvent, comme incarnation politique d'une identité  ethnique ou confessionnelle.

L’Afrique du sud se conçoit aujourd’hui, plus comme une nation zouloue que comme une nation citoyenne constituée par l’unité de la pluralité des peuples sud-africains. Paradant dans ses vêtements traditionnels et ses peaux de léopard au cours de cérémonies folkloriques, Jacob Zuma se veut l’incarnation de l’identité politique de la communauté majoritaire zouloue. La légitimité de la classe politique dirigeante sud-africaine se définie, dans ce cas, relativement à une légitimité de type ethnique. Le discours politique devient ainsi un discours d’affirmation identitaire tombant dans la démagogie populiste. On en arrive alors facilement au discours de la défense d’une identité communautaire menacée par l’invasion des étrangers ; discours qui potentialise les effets délétères de la discrimination économique du plus grand nombre!

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Comment lutter efficacement contre le djihadisme de la terreur en Afrique Noire ? Le paradoxe africain (2èm partie)

Un mois après  les effroyables massacres perpétrés par le djihadisme de la terreur à Charlie hebdo et à Montrouge, il est nécessaire de tirer les leçons de ces événements pour l’Afrique noire  qui s’était sentie  à juste titre concernée et avait pris position. La lutte contre le djihadisme de la terreur est en effet  un combat pour la survie de la République et de la Démocratie. Elle est aussi un combat contre les politiques de prédation qui génèrent les djihadismes de la terreur, les divers sécessionnismes et les replis défensifs meurtriers sur les identités confessionnelles et ethniques.

En Afrique noire, les marches républicaines spontanées du 11 janvier 2015 furent celles de la défense de l’ordre républicain et de la Démocratie contre les  dictatures  confessionnelles et ethniques! On a marché pour sauvegarder le modèle républicain et démocratique pluraliste et pour rejeter les autocraties, les  modèles politiques homogénéisants, ségrégationnistes et les politiques prédatrices qui vont avec. On a marché pour défendre la dignité humaine et le respect des droits humains  contre  les massacres et les inhumanités perpétrées par les diverses dictatures du continent. On a marché pour rappeler l’urgence d’une intervention internationale contre le djihadisme de la terreur au Nigeria et ailleurs en Afrique. On a marché pour défendre les valeurs de la liberté contre celles de l’oppression et de l’asservissement.

Mais, en Afrique Noire, la mobilisation républicaine spontanée qui avait soulevé les populations dans de nombreux pays est cependant retombée. A travers des manifestations anti-Charlie-hebdo, une problématique de défense identitaire de type confessionnel s’est substituée  à la problématique  républicaine, démocratique, humaniste et morale qui inspirait la mobilisation contre le djihadisme de la terreur de boko haram.

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