En rébellion contre Ouattara et le RHDP Soro de plus en plus isolé.  0

Ambroise Tiétié

Journaliste Professionnel

Au Quotidien Ivoirien Le Rassemblement.

Pour Guillaume Soro, il y aura un avant et un après 23 décembre 2019, jour funeste de son point de vue, qui a vu l’avion (en réalité, un Jet privé) à bord duquel il se trouvait dérouter pour se retrouver au Ghana voisin avant de reprendre les airs pour l’Espagne. Dès lors, commence, pour lui, un exil volontaire qu’il vit comme une injustice alors qu’il a tout fait pour. Et la vie continue son cours en Côte d’Ivoire, surtout, du côté de l’opposition où son absence semble ne contrarier personne. Et pour cause. Comme on fait son lit, on se couche, dit un adage.

Trop pressé, arrive en retard, dit-on. La preuve par Guillaume Soro, ancien secrétaire général des Forces nouvelles qui a rompu les amarres, le vendredi 08 février 2019, avec le RHDP où il coulait des jours heureux. De fait, tour à tour, ministre, ministre d’Etat, Premier ministre, député et Président de l’Assemblée nationale et, à ce titre ‘’dauphin constitutionnel’’ pendant de nombreuses années, Guillaume Soro était un happy few, un privilégié du régime Ouattara. Il était consulté sur les plus importants dossiers de l’Etat et son avis valait de l’or. En un mot, il était l’un des décideurs de la République. Mais, un matin, mu par on ne sait trop quoi, il a décidé de quitter le navire pour emprunter sa propre voie et tracer seul son chemin, loin du ‘’cocon familial’’ qui l’a couvé pendant si longtemps. Une prise de risque assumée ; comme il l’a fait savoir le jour où il a démissionné de la tête de la Chambre basse. Voici ce qu’il disait ce jour-là. ‘’En ce mois de janvier 2019, j’ai eu le privilège de plusieurs audiences avec le président de la République, notamment le 5 janvier et le 25 janvier. Il a été question de mon engagement politique et de mon positionnement idéologique vis-à-vis du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP). Cette question aussi importante soit-elle a nécessité, de ma part, réflexion et décision. Oui, j’ai choisi de ne pas m’engager au sein du RHDP unifié. Ainsi, je n’ai point pris part au congrès ordinaire du 26 janvier dernier au stade Félix-Houphouët-Boigny. Grave erreur ! Grave faute ! Ont tôt fait de clamer certains de mes compères. Mais voyez-vous je suis homme à croire plus au jugement de l’histoire qu’au jugement des hommes. En ce qui me concerne, il ne peut être question de défiance mais plutôt du désir d’harmonie entre mes convictions, mes valeurs et ma conscience. Et là-dessus, c’est sans hésitation. Le fait est que j’étais face à un dilemme :

– soit trahir mes convictions en allant au Congrès pour ainsi dire sauver un poste confortable ;

– soit rendre ma démission de mes fonctions de président de l’Assemblée nationale et ainsi être capable de me regarder dans une glace.

’Oui, j’ai choisi de ne pas m’engager au RHDP unifié’’, lançait, avec un zeste de suffisance, l’ex-PAN

Y’avait-il une alternative ! Non on ne m’en donnait aucune, absolument aucune. A l’inverse, refuser de démissionner conduirait immanquablement à la crise institutionnelle déstabilisante avec le cortège de dommages pour la Nation. L’on ne peut risquer de mettre en péril la paix fragile acquise après tant de souffrance de nos concitoyens. Quand on a été, comme moi, ministre d’Etat, Premier ministre, président de l’Assemblée nationale, c’est une issue inenvisageable. Ce n’est pas ce que je souhaite pour la Côte d’Ivoire. Moi qui depuis un moment, me suis fait le disciple du pardon, de la réconciliation et de la paix. Je ne suis pas homme à m’accrocher, comme un saprophyte, à un poste. On ne peut risquer la paix parce que l’on veut conserver un poste. N’est-ce pas le Président Feu Félix Houphouët-Boigny qui alléguait qu’’’aucun sacrifice n’est trop grand quand il s’agit de faire la paix pour son pays’’. Cette sagesse du Père Fondateur de la Côte d’Ivoire ne m’a jamais quitté l’esprit. Rassurez-vous, chers Collègues, je demeure serein tout en quittant ce poste aisé de Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire pour l’aventure de mes convictions. En effet, je préfère descendre de mon piédestal, vivre et partager le quotidien de mes semblables, citoyens ordinaires, que de me complaire dans l’aisance de la posture institutionnelle. Conviction, le mot est lâché. Je veux que de moi, mes concitoyens, mon épouse, mes enfants, ma famille, mes collaborateurs, mes proches, mes compagnons et je pense ici au député Alain Lobognon et tous les autres proches en ce moment en prison, retiennent de moi, le souvenir d’un homme de conviction, débout, face aux lendemains mêmes incertains.

A cet instant précis, je rends ma démission de mes fonctions de président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire. Oui, j’ai décidé de sacrifier mon poste pour la paix pour la Côte d’Ivoire comme je l’ai déjà fait par le passé. Me voilà ainsi donc ancien président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Député de la Nation élu dans la circonscription de Ferkessédougou commune et vice-président élu de l’Assemblée parlementaire francophone. Je demeurerai avec vous pour continuer à travailler à l’édification d’une Côte d’Ivoire riche et prospère qui repose avant tout, sur un Etat de droit et des bases démocratiques solides. Je demeurerai avec vous pour continuer le combat du pardon, de la réconciliation et de la paix ; ce combat à mes yeux vaut plus que le poste de président de l’Assemblée nationale’’, lançait-il avec une assurance et une détermination non feintes. Puis, les choses n’ont pas traîné pour le néo-opposant qui, avec le zèle propre aux néophytes, s’est lancé sur la voie de la critique du régime RHDP auquel il a appartenu sans discontinuer pendant de longues années. Sûr de tenir le bon bout, il s’est mis à hurler avec les loups, critiquant le régime avec une rare virulence. Ayant rejoint le rang de l’opposition, il a trouvé en Bédié qui l’y a déjà devancé, un allié sûr et fiable avec qui il a commencé à tirer des plans sur la comète. C’est dans cette dynamique qu’il rendit visite à l’octogénaire de Daoukro qui le reçut chaque fois en grande pompe. Il était évident que Soro ferait partie de la plateforme que son hôte projetait de porter sur les fonts baptismaux lorsqu’il a quitté lui aussi le RHDP dont il est pourtant l’un des instigateurs. Voici l’appel qu’il lançait alors aux Ivoiriens, singulièrement, à ceux qui partagent sa vision. C’était le mercredi 08 août 2018. Le PDCI, disait-il,"se réserve le droit de promouvoir une plate-forme de collaboration avec les Ivoiriens qui partagent sa vision d'une Côte d'Ivoire réconciliée et soucieuse des droits, des libertés et du bien-être de ses populations".

Sûr de tenir le bon bout, il s’est mis à hurler avec les loups

Opposant au RHDP après en avoir été l’un des caciques, Guillaume Soro n’éprouve pourtant aucun scrupule à défier le pouvoir et l’Etat. Plus qu’une opposition, il était dans une logique de rébellion ouverte comme les Ivoiriens ont pu s’en rendre compte à Rabat, au Maroc, lors de la 45ème session de l’Assemblée parlementaire francophone (APF). Voici le compte-rendu proprement surréaliste qu’en a fait un confrère. ‘’C'est désormais clair ! Le député Guillaume Soro a été démis de ses fonctions de vice-président de l'Assemblée parlementaire francophone ( APF). François Paradis, président sortant de l'APF, l'a annoncé officiellement, ce vendredi 5 juillet 2019 à l'ouverture de la 45ème session de l'APF qui se tient au siège de l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire. Cette annonce sonne comme une double humiliation pour l'ex-président de l'Assemblée nationale, Guillaume Soro, en disgrâce avec le pouvoir d’Abidjan. C'était prévisible. A Rabat, au Maroc, Soro avait été interdit d'accès de la salle des travaux de l'APF, qui préparait cette 45ème session. Ses communicants s'étaient fendus de plusieurs communiqués, niant l'évidence et avaient annoncé une victoire qui n'en était pourtant pas une. Ils avaient présenté Soro comme un chevalier ayant ridiculisé la délégation ivoirienne. Que non ! Le mensonge a beau durer, il finit par être rattrapé par la vérité. Aujourd'hui, avec cette annonce officielle, l'on comprend aisément que les Soroistes étaient dans la manipulation. Non seulement, il ne peut être candidat, en dépit de la saisine, par ses soins, d'un cabinet d'avocats, mais il a perdu son poste. Sanction suprême, son principal ennemi, Amadou Soumahoro, pourrait présider l'APF.  Sachant que les carottes sont cuites pour lui, le député de Ferké qui revendique un statut de chômeur a disparu des écrans radars. Absent de la Côte d'Ivoire, Soro a également perdu la bataille judiciaire qu'il a engagée en France.

On comprend que les Soroïstes étaient dans la manipulation, comme souvent.

Des langues indiquent qu'il a même été sommé de payer une amende. Vrai ou faux ? Difficile de l'affirmer. Toujours est-il que le natif de Kofiplé constate que la diplomatie est un art, une discipline rigoureuse qui a ses règles. A Rabat, aucun officiel marocain ne l'a reçu. Il est allé en fanfare, il est revenu sur la pointe des pieds. Ses communicants sur la toile ont également disparu, constatant que la guerre est perdue. Aujourd'hui, ils jettent leur dévolu sur un meeting, le samedi 6 juillet 2020, au stade d'Anono, pour un ultime baroud d'honneur. Avec cette double humiliation, Guillaume Soro doit comprendre que la gestion d'un État ne saurait s'accommoder de petits arrangements. Lui qui aspire à gérer la Côte d'Ivoire devrait le savoir’’. Mais, apparemment, cet homme n’en a cure, puisqu’il reste dans la même logique et continue à crier sur tous les toits qu’il ira jusqu’au bout. De quoi ? Lui seul le sait. Cependant, chacun aura compris qu’il est bien seul, de plus en plus. Faut-il rappeler qu’après son faux retour marqué par une tentative de coup d’Etat qu’il entendait perpétrer, ses soutiens internes sont devenus aphones ? Personne ne défend sa cause et personne ne semble se préoccuper outre mesure de son sort. Pas même son nouvel allié Bédié occupé à préparer le scrutin présidentiel d’octobre prochain. Du côté du FPI dont il s’était rapproché espérant draguer l’électorat de Gbagbo, les choses ne sont pas mieux engagées. Et ce n’est rien de le dire. D’un, Laurent Gbagbo auprès de qui il a sollicité une audience, ne veut point entendre parler de lui, ni le voir, même en peinture. De deux, le FPI n’a rien prévu pour lui, puisque le parti est en train de refaire son unité. Il est donc très douteux que les ex-refondateurs lui ouvrent les bras, d’autant que les GOR ne sont pas près de pardonner à Dr Koumba (le nom de Soro dans la rébellion) d’avoir trahi Gbagbo dans l’entre deux tours de la Présidentielle 2010. Sale temps pour Bogota.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Guillaume Soro a manqué à la fois de sagesse et de patience. Et pourtant, rien, fondamentalement, ne le forçait à quitter le RHDP où il avait réussir à faire son trou. Mais, le goût du pouvoir et surtout, le désir de succéder le plus tôt possible à Ouattara, lui ont fait perde la tête et le sens des réalités. Ne dit-on pas qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ? In fine, Soro aura donc été la victime consentante de ses propres chimères. Se rêvant en Macron, il se voit désormais en De Gaulle, puisqu’il parle de résistance depuis Paris, la bien nommée. Un sacré pari !

AMBROISE TIETIE

 

 

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