La synergie de la mobilisation et de l’intellection, condition d’une campagne électorale efficiente en démocratie pluraliste.  0

Une campagne de mobilisation sans cognition, sans réflexivité, et sans intellection critique organisée et systématisée,  favorise les démagogues et les autocrates qui parlent aux pulsions primaires des foules et non pas à l'intelligence d'individus raisonnables. Elle ouvre un boulevard aux ethno-populistes qui excitent les émotions, stimulent les peurs ataviques et les fermetures identitaires. Elle leur fait, a priori, la part belle.

Elle avantage, par sa grisaille, les aventuriers sans programme et projet de société identifiable dont la spécialité est de parler l'argot et d'inonder l'espace public par la confusion d'une propagande agressive multiforme débilitante accompagnée par les décibels d'une sono tonitruante qui permettent de capturer le peuple dans le filet visqueux de la non-pensée.

L'antidote contre cet antique danger mortel qui menace toujours la démocratie à toutes les époques de son histoire est la centralité donnée à la réflexion et à la cognition organisée qui permettent d'éclairer le peuple, de placer l'intérêt général et le bien commun au centre de la vie politique de la cité, de contrer les propagandes subversives des groupes d'intérêts particuliers, de délégitimer intellectuellement les menées  insurrectionnelles des ennemis des peuples et du suffrage universel

Une campagne électorale efficiente dans les nouvelles démocraties de proximité et d'interaction est constituée par la synergie nécessaire entre mobilisation et cognition, entre exposition d'un bilan ou d'un programme et justification intellectuelle argumentée. (Cf. : la dimension cognitive du programme d’intégration nationale en Côte d’Ivoire, cedea.net, Mars 2019)

Une campagne électorale partisane purement réflexive sans mobilisation est inefficiente. Mais une campagne électorale partisane purement mobilisatrice  sans intellection et sans cognition est hasardeuse et tout aussi inefficiente.

Sans intuition les  concepts sont vides. Mais sans concepts les intuitions sont aveugles souligne le grand philosophe Emmanuel Kant définissant les conditions a priori de possibilité de la science.

La synergie des concepts et des intuitions construit la science. De même la synergie de la mobilisation et de l’intellection construit l’action politique efficiente en l’éclairant et en l'assurant.

La cognition et l’intellection permettent de faire ressortir la dimension d'universalité d’un projet  partisan particulier, de le justifier comme projet d’intérêt général de la société globale. La mobilisation quant à elle permet de susciter l’enthousiasme des diverses catégories de la société civile, de rassembler physiquement divers électorats sur un programme partisan qui convainc le bon sens par sa pertinence rationnelle. Elle permet d'affirmer et de matérialiser la densité de cet électorat sur la place publique, de signifier temporellement une potentielle majorité électorale.

Certes une campagne électorale de mobilisation adossée à un bilan politique convainquant soutenu quotidiennement par des images qui parlent au bon sens est a priori douée d'une certaine efficience lorsque le bon sens commun est l'ethos habituel d'un peuple riche d'une culture démocratique qui en a aiguisé l'esprit critique.

Cette règle de principe est néanmoins souvent prise en défaut aux époques troublées de l'histoire des peuples lorsque les repères se brouillent et que triomphent les peurs et les opinions irraisonnées qui voient les peuples confier leur destin aux démagogues, aux bonimenteurs et aux imposteurs contre la raison et le bon sens. On a vu ainsi ces derniers temps, dans les pays de vieille culture démocratique, des populistes sans programme cohérent et structuré, mais sachant exciter les émotions primaires, triompher électoralement, contre toute attente, d’adversaires politiques dotés des programmes rationnels et structurés  les plus convaincants en matière d’intégration nationale.

Dans les jeunes démocraties des pays en voie de développement qui sortent de la période des despotismes et des dictatures marqués en conséquence par une carence de culture démocratique et d'esprit critique, le danger d'une errance des électorats, de leur arraisonnement par des imposteurs dans une campagne de mobilisation exclusivement constitué par la concurrence des images et des mots d'ordre partisans est démultiplié.

Une campagne électorale sans dimension cognitive organisée et systématisée, sans justification intellectuelle, sans confrontation d'idées, et sans débats argumentatifs contradictoires fait toujours la part belle aux imposteurs et aux démagogues qui prospèrent dans l'opacité, le floue et la confusion. (A suivre)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*