L’option d’insurrection chez les ethno-populistes ivoiriens : les motivations profondes d’un projet irrationnel et anti-démocratique.  0

« Cette CEI va brûler la Côte d’Ivoire » clament en chœur, en diverses déclinaisons,  le PDCI-Bédié, le RACI-GPS.Soro, le FPI-Gbagbo et les micros partis qui en sont les satellites.

En son discours prononcé lors de sa visite dans le Hambol, le Président de la République a cependant averti que le débat sur le sujet est clos et que « cette CEI qui est d’ailleurs plus équilibrée que la CEI qui a organisé les élections de 2015, organisera les élections de 2020 ».

Il ne faut pas donc s’y tromper. La contestation insurrectionnelle du résultat des urnes en vue de récuser une CEI soi-disant « caporalisée » par le RHDP est une option au PDCI-Bédié, au RACI-GPS.Soro, au FPI-Gbagbo. C’est un plan B inscrit dans les agendas partisans. Pour ces fractions l’élection démocratique ne comporterait qu’une seule issue : la victoire.

« On gagne ou on gagne » disaient certains en 2010. « 2020 on prend » chantent d’autres. Les réactions post-électorales des municipales d’Octobre 2018 dernier ont démontré qu’existe en ces factions une vision autocratique de l’élection démocratique.

L’inéluctabilité de l’option insurrectionnelle contre une CEI pourtant reformée et rééquilibrée et validée par les institutions internationales est inhérente à cette vision factionnelle, problématique et subjective.

Quelles sont donc les raisons déterminantes de ce rejet factionnel de la CEI qui est, rappelons-le, une institution d’incarnation de la nation et non pas une institution de défense des intérêts particuliers partisans? Quelles sont les motivations profondes de ce rejet ?

Membres du RHDP, Henri Konan Bédié et Guillaume Soro sont entrés en dissidence contre la coalition pour n’avoir pas été chacun cooptés comme candidat unique du RHDP à la Présidentielle 2020.

 La raison de cette dissidence est aussi triviale que cela. Les ratiocinations justificatives dont ces acteurs ont tenté de couvrir cette dissidence sont battues en brèche par leur entêtante vacuité programmatique en matière d’économie, de société, de politique intérieure et étrangère ; une vacuité que fait saillir une tendance à reprendre en guise de programme d’opposition partisane les humeurs des trottoirs.

Sans oublier que le candidat du RHDP doit pouvoir être élu par le peuple souverain pour pouvoir présider la République, on ne voit guère comment aurait été possible en cette coalition, une cooptation de deux candidats dans la mesure n’existe qu’un seul  poste de Président de la République dans un Etat.

Ce problème de candidature aurait-il pu être résolu par une formule de ticket Bédié /Soro-vice au sein du RHDP, le premier en qualité de Président et le second en qualité de vice-président?

Rien n’est moins sûr. L’appétence de pouvoir absolu des deux hommes est égale. Si ce ticket pouvait être une solution, il aurait pu être mis en œuvre au sein d’une plate-forme PDCI-Bédié/Raci-GPS.Soro. Or Henri Konan Bédié vient de former sa CDRP (une plate-forme de micros partis à sa botte) en tenant Soro Guillaume l’écart parce qu’il s’en méfie.

Les deux hommes se sont affichés, l’un aux côtés de l’autre, dans l’unique souci de s’utiliser réciproquement comme instrument. Cette même logique instrumentale a commandé leur vaine tentative de rapprochement avec le FPI de Laurent Gbagbo qui leur a envoyé une réponse du berger à la bergère en les tenant à l’écart après avoir tenté de les utiliser à son tour. (Cf : Les conséquences inéluctables d’alliance PDCI/FPI en Côte d’Ivoire, cedea.net, octobre 2018)   

Le thème central de ce théâtre Guignolesque est connu de tous les ivoiriens. Transparaît en cette comédie loufoque, cette certitude que les acteurs ne sont nullement unis par une vision politique démocratique et républicaine alternative  de la Côte d’Ivoire. L’ethno-populisme informel qui les rassemble provisoirement n’est qu’un instrument opportuniste de capture oligarchique du pouvoir. Artificiel, il ne saurait être satisfait par un partage impossible du pouvoir d’Etat entre des concurrents dotés également d’une appétence gargantuesque de pouvoir.

Au PDCI-Bédié, au RACI-GPS.Soro, l'objet de l'option insurrectionnelle est de jeter le pouvoir dans le rue pour que le plus fort s'en empare parce que tous veulent le pouvoir. L'exécution de ce plan B est destinée à créer le chaos pour contourner les fourches caudines du suffrage universel.

Au PDCI-Bédié, au RACI-GPS.Soro, l’option insurrectionnelle est destinée à punir  le refus de dévolution monarchique et autocratique du pouvoir par le RHDP.
Quant au FPI-Gbagbo et ses satellites cette option s’inscrit dans la continuité logique du boycott électoral dont la fonction était de venger la perte du pouvoir en Décembre 2010.

En ces partis et fractions, cette option est destinée à briser la tradition d’allocation libre et démocratique du pouvoir initié en Décembre 2010 par le peuple souverain ivoirien. L’option insurrectionnelle vise à abroger la dynamique de consolidation de la démocratie pluraliste par une tradition d’autocratie et de partitocratie

 

 

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