Affaire ‘’la Côte d’Ivoire surendettée’’ : Quand Bédié étale sa mauvaise foi.  0

Ambroise Tiétié

Journaliste professionnel

Au Rassemblement (Quotidien Ivoirien)

Dans l’une de ses déclarations controversées, le président du PDCI-RDA, Henri Konan Bédié, a cru devoir revenir sur l’endettement de la Côte d’Ivoire dont il a déploré le côté exponentiel soi-disant. Avec une dose de mauvaise foi qui en dit long sur ses ressentiments à l’endroit du RHDP et du chef de l’Etat Alassane Ouattara contre qui il ne décolère visiblement pas.

L’opposition, selon Henri Konan Bédié, se fait avec la haine aux tripes. Sans le moindre discernement, ni retenue. Tel un taureau ivre de rage, N’Zueba fonce donc et cogne sur tout. Rien ne semble le retenir. Que ce soit l’orpaillage clandestin, les étrangers qu’il abhorre avec une délectation non feinte, l’endettement de la Côte d’Ivoire, la qualité des infrastructures routières, etc. sur tous ces points,  il fait montre d’une rare agressivité et donne le sentiment d’avoir bouffé du lion. Sacré Bédié ! Manifestement, il fonctionne à l’instinct. Rancunier à souhait, il fait payer au RHDP la ‘’trahison’’ de l’alternance en 2020 dont il avait fait le projet de sa vie. Pour en revenir à l’endettement de la Côte d’Ivoire, il s’en prenait, il y a peu, au régime RHDP, coupable à ses yeux d’emprunter plus souvent qu’à son tour. Il ne mâchait d’ailleurs pas ses mots, laissant entendre que le pays n’était plus attrayant du fait de son niveau d’endettement record." Le stock de cette dette, ramené à 2214 milliards de francs CFA en 2012 après une réduction d’environ 4090 milliards de francs CFA à fin 2012, s’élève à fin décembre 2018 à 11 607,77 milliards de francs CFA, soit un accroissement de plus de 5 fois du stock de 2012 !De même, au titre de l’exercice budgétaire 2020, le gouvernement dans l’incapacité de mobiliser des recettes fiscales conséquentes, a adopté un budget déficitaire de l’ordre de 1428 milliards de francs CFA, qu’il vient de soumettre aux parlementaires. Ce triste tableau, de l’endettement croissant et de l’incapacité avérée de l’Etat à optimiser les recettes publiques, indique que la qualité de signature de l’Etat se dégrade significativement. En effet, ayant sollicité, en mars 2019, un prêt de 500 milliards de francs CFA auprès des banques internationales pour financer partiellement le déficit budgétaire 2019, le pouvoir RHDP n’a pu collecter que 300 milliards de francs CFA (…) ", raillait le président du PDCI-RDA. Le pauvre !

Bédié ne mâchait d’ailleurs pas ses mots

Pour le coup, il fait montre d’une indicible mauvaise foi qui confine, en l’espèce, à de la niaiserie. Et dire qu’il a eu à diriger ce pays ! Et dire qu’il connait le fonctionnement d’un Etat et en connait les servitudes et les pesanteurs. Mais aussi, les limites. Il n’ignore pas également que le diptyque dette et développement est indépassable pour tout dirigeant soucieux du bien-être ou du mieux-être de ses compatriotes. Si donc, il est établi que le pays est endetté au niveau où le situe le prince des Nambé, quel mal y a-t-il à cela ? Surtout lorsqu’on met cet endettement en rapport avec le niveau de développement de la Côte d’Ivoire, aux ‘’portes du paradis’’ selon la belle expression de la Banque mondiale qui en connait un bout sur la question.

Quelqu’un a dit : si tu ne vois pas, tu n’entends pas ? Ainsi donc si Bédié ne voit pas, n’entend-il pas ? A l’évidence, la Côte d’Ivoire de papa a vécu ! Il est révolu le temps des ‘’bricoles’’ et des petits chantiers. Sous Alassane Ouattara, le pays d’Houphouët semble avoir renoué avec la grandeur et affiche fièrement ses nombreuses réalisations qui préfigurent l’émergence promise. Il est vrai que ce n’est pas encore le ‘’pays de Cocagne’’ rêvé par les tenants du pouvoir, mais ce n’est plus ce ‘’pays infréquentable’’ naguère confiné au ban de la communauté internationale. Et puisque le président du PDCI-RDA aime les chiffres, il ne serait pas inutile de lui rabattre le caquet avec ceux qui situent le mieux le bond prodigieux fait par la Côte d’Ivoire depuis que le RHDP est aux commandes de l’Etat.‘’En ce qui concerne l’impact de l’action gouvernementale sur les populations ivoiriennes, le gouvernement invite le président Bédié à plus d’objectivité. En effet, dans une région comme l’Iffou que le président Bédié connaît bien, l’action du gouvernement a fait passer le taux de couverture en électricité de 49%, en 2011, à 73% en 2018. Au niveau national, ce taux de couverture est passé de 33%, en 2011, à 58 % en 2018 ; 

-le taux net de scolarisation est passé de 56 %, en 2011, à 90 % en 2018 ;

-le taux de mortalité maternelle est passé de 614 pour 100 000 habitants en 2011 à 143 pour 100 000, en 2018 ;

-le taux d’accès à l’eau potable est passé de 60 % en 2011 à 82 % en 2018 ;

-219 écoles primaires ont été construites en moyenne par an après 2011 contre 28 avant 2011 ;

-115 lycées et collèges ont été construits en moyenne par an après 2011 contre 22 avant 2011 ;

-le nombre moyen de kilomètres de routes nationales bitumées par an est passé de 99 avant 2011 à 193 après 2011 ;

-la dette en pourcentage du PIB est passée de 66% en 2011 à 48,6% en 2018, bien en deçà de la norme de la CEDEAO qui est de 70%.

La dette ivoirienne est en deçà de la norme de la CEDEAO

Ces statistiques montrent que le gouvernement actuel a réalisé en huit (08) ans beaucoup plus que n’importe quel autre gouvernement dans le passé. Il est également indéniable que l’action du gouvernement, appréciée par la grande majorité des Ivoiriens, a permis d’améliorer la gouvernance en Côte d’Ivoire et les conditions de vie de nos concitoyens. Certes, de nombreux défis restent encore à relever dans divers domaines. A cet égard, le gouvernement est déterminé à poursuivre ses efforts à travers le Programme social du gouvernement, pour le bonheur des Ivoiriens’’, assurait le ministre Sidi Touré Tiémoko, porte-parole du gouvernement qui répondait alors à Henri Konan Aimé après que celui-ci a dénoncé le supposé convoyage de Maliens au meeting organisé par le RHDP à Paris, le samedi 02 novembre 2019. Que dire après cette mise au point roborative qui démontre, par la plénitude de la preuve, pour paraphraser les juristes, que l’endettement dont semble se plaindre Bédié est grandement justifié et ne devrait pas prêter à débat puisqu’il est utilisé à très bon escient et ne sert pas à construire des éléphants blancs, comme c’est souvent le cas sous les tropiques ?

Emblématique de cette dynamique vertueuse, le 3ème pont d’Abidjan qui porte le nom, ironie du sort, de celui qui est devenu le contempteur le plus résolu du pouvoir, avait valu, en son temps, les éloges les plus flatteurs au chef de l’Etat Alassane Ouattara. Voilà le compte-rendu savoureux fait par un confrère au lendemain de l’inauguration de ce pont : ‘’A l’honneur, à l’inauguration du 3ème pont d’Abidjan qui porte son nom, Henri Konan Bédié, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et allié du président ivoirien, a estimé que ‘’cet ouvrage révolutionnaire vaut à lui seul deux mandats présidentiels pour son grand réalisateur’’ Alassane Ouattara. Pour Henri Konan Bédié, ‘’ ce mardi 16 décembre est un grand jour, un jour de joie pour moi et pour toute la Côte d’Ivoire’’ de voir le projet qui porte son nom ‘’ se réaliser par la seule volonté du président Alassane Ouattara’’ à qui il a renouvelé sa ‘’ reconnaissance’’. Cette belle œuvre, a dit Bédié, destinée à ‘’désengorger la ville d’Abidjan où la circulation devenait difficile, fait du président Ouattara ‘’ le bâtisseur infatigable, le nouveau développeur de la Côte d’Ivoire’’ qui a repris et réalisé ‘’ce projet inscrit dans les 12 chantiers de l’Eléphant d’Afrique’’, (son programme de gouvernement du temps où il était chef de l’Etat-1993-1999- ndlr). ‘’Cet ouvrage révolutionnaire vaut à lui seul deux mandats présidentiels à son grand réalisateur. A bon entendeur salut !’’ a prévenu Bédié, réitérant ainsi, son appel à ‘’soutenir la candidature unique du président Ouattara pour les présidentielles 2015’’, lancé le 17 septembre 2014 depuis sa ville natale de Daoukro. Fier des techniciens et travailleurs ivoiriens qui ont contribué à la construction de ce ‘’chef-d’œuvre’’, il a floqué le pont qui porte son nom de ‘’made in Côte d’Ivoire’’, invitant les Ivoiriens à ‘’préserver’’ et à ‘’s’approprier’’ cette œuvre ‘’conçue et initiée dans les 12 chantiers de l’Eléphant d’Afrique et réalisée dans le programme de ‘’l’émergence’’ de Ouattara’’. On aura constaté, au passage, qu’il n’éprouve aucun scrupule à s’approprier, mezza voce, la réalisation du pont qui porte son nom.

En tout état de cause, on comprend difficilement comment celui qui était si admiratif de son cadet et ex-allié en est arrivé à ce degré de déni intégral qui le fait désormais tout peindre en noir. Comme s’il se racontait à lui-même des histoires. Résultat des courses, il est difficile de le prendre au sérieux. C’est toute la question avec cet octogénaire qui se pique de représenter l’avenir de la Côte d’Ivoire après avoir échoué à gérer l’héritage du père de la Nation, le PDCI-RDA, aujourd’hui épars, écartelé entre pro et anti-RHDP. Ce n’est pas la moindre des contradictions de N’Zueba.

AMBROISE TIETIE

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