La défiance du peuple face à la plate-forme de l’opposition en Côte d’Ivoire.  0

L’échec de la  manifestation de la plate-forme de l’opposition  contre le Sénat, et contre la CEI, n’a pas été causé par l’intervention des forces de l’ordre. Les revendications et les contestations engagées par  la plateforme de l’opposition ne mobilisent pas la majorité des Ivoiriens. Elles ne semblent mobiliser que le carré de leurs militants. Le caractère clairsemé des rangs des manifestants du mouvement de contestation de la CEI et du Sénat en est l’attestation contextuelle.

Certes, l’intervention répressive des forces de l’ordre doit être dénoncée car elle heurte le principe démocratique de la liberté de manifester. Le gouvernement ivoirien doit s’interdire de transiger avec les principes de la démocratie qui fondent sa légitimité. La molestation d’un journaliste par les forces de l’ordre est éminemment condamnable. Néanmoins, cette dénonciation ne doit pas servir à cacher l’échec politiquement significatif de la manifestation du groupe  EDS de Armand Ouégnin.

EDS n’est que la nouvelle formule 2018 de la CNC de 2015, et du Front du Refus de 2016. C’est la succursale à laquelle a été confiée la contestation du Sénat pendant que la maison-mère FPI se réservait celle de la CEI. Surjouant une popularité largement entamée par la trahison des attentes de sa base sociale, et des valeurs de son obédience idéologique, le FPI semble avoir perdu sa représentativité. Il est en crise de légitimité démocratique comme l’attestent ses reculs électoraux successifs qui résultent de son inaptitude à élaborer des offres politiques alternatives répondant aux besoins sociaux concrets de son électorat en particulier, et de la société globale ivoirienne en général. Ces besoins existentiels ne sauraient s’identifier à la libération de Laurent Gbagbo. Cette offre politique étrange répond à une stratégie d’appareil. Elle démontre que le FPI est déconnecté du vécu concret des populations. Il n’est plus au service des intérêts sociaux. Il se sert lui-même.

Le FPI a déserté sa fonction institutionnelle qui consiste à représenter  les intérêts des catégories  des plus fragiles de la société.  Il est au service des intérêts particuliers de ses dirigeants. Il soumet sa base aux stratégies internes de l’appareil du parti. Cette subversion est un viol de la logique démocratique, qui voudrait que le parti soit le médiateur politique  des intérêts sociaux de la catégorie sociologique qu’il représente.

Le FPI, maître d’œuvre de la plateforme EDS est donc, depuis longtemps, engagé  dans une logique autocratique qui consiste à soumettre les forces de la société civile  à ses objectifs de pouvoir. Cette logique structurelle oblige à douter de l’indépendance des associations de la société civile qui se pressent à  ses côtés dans la contestation du pouvoir. Elles y seraient plutôt les relais de ses mots d’ordre d’appareil. Soutenu par un microcosme d’associations incorporées de la société civile, et par un conglomérat de réseaux médiatiques nationaux et internationaux, il fait diversion. Adoptant la posture de l’opposition démocratique, qui fédère toutes les demandes sociales et les frustrations du peuple, il organise une amnésie collective sur son passé pour servir ses objectifs autocratiques de pouvoir absolu.

Au cœur du dispositif de la plateforme qui souscrit à son idéologie anti-démocratique, le parti national-populiste est médiatiquement campé en gardien intransigeant, maltraité et réprimé d’une démocratie menacée par un pouvoir dictatorial. Il n’est pas indifférent que le mot « dictature », accolé à RDR  et non RHDP (la nuance n’est pas innocente), soit un des éléments de langage apparu ces temps derniers pour soutenir l’offensive médiatique du bloc identitaire ivoirien qui monte à l’assaut de l’État.

Camouflée sous cette propagande, l’imposture EDS s’apparente à une tentative de manipulation délibérée de l’opinion publique ivoirienne. Sous la posture de l’interpellation démocratique du gouvernement,  git la revendication identitaire et l’intention de substituer à l’État démocratique un État communautaire dirigé par des autochtones. Sous la posture du souverainisme national, se camoufle l’appel au renversement d’un pouvoir prétendument détenu par un étranger  au service  d’intérêts étrangers. Un certain nombre de micro-partis en gestation et un certain nombre d’Ivoiriens  sont  tombés dans le panneau.

Pour la majorité des Ivoiriens, la posture démocratique  de ce bloc identitaire ne fait plus illusion. Le caractère clairsemé des rangs des manifestants en ce mouvement de contestation, initié par ce parti contre la CEI et le Sénat, est le signe d’une maturité démocratique de la majorité du peuple ivoirien. Il importe de soutenir cette clairvoyance populaire par le débat programmatique critique et l’argumentation rationnelle. Il faut soustraire l’affrontement politique ivoirien  aux émotions auxquelles s’adresse la propagande sommaire de la plate-forme de l'opposition. Il faut transformer l’espace public ivoirien en un empire de la raison et stimuler l’aptitude du peuple ivoirien à déceler les contradictions des pratiques et des discours partisans  et à exiger des explications à ses acteurs politiques.

 

 

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