Gouverner en démocratie c’est respecter la société.

thumb_286L’Etat démocratique n’est pas légitime du seul fait d’avoir été institué par la société à partir du principe de la majorité du vote. Sa légitimité dépend des services qu’il rend à la société conformément à la règle de droit. En démocratie, la reconnaissance des besoins de la société par l’Etat fonde sa légitimité politique. Les besoins de la société dictent à la puissance publique ses devoirs. Vu sous cette perspective, le pouvoir de l’Etat démocratique n’est pas constitué par sa capacité à commander la société. Il réside dans son aptitude à accomplir les tâches sociales et économiques d’intérêt général pour lesquelles il  a été institué. Son pouvoir est constitué par sa disposition à accomplir son devoir de service public.

La notion de puissance publique doit donc être révoquée de nos jours  car « l’Etat moderne ne se définit plus « comme une puissance qui commande ». Il doit, selon le mot de Léon Duguit  cité par Pierre Rosanvallon,   être compris comme « une coopération de services publics organisés ». (cf. La légitimité démocratique). En démocratie, les gouvernants sont « les gérants des affaires de la collectivité » et non pas les « organes d’une autorité qui surplombe la société » (cf. Ibid.).

La force de l’Etat démocratique se situe donc dans son aptitude à répondre aux demandes de la société. Elle réside en sa capacité à accepter la contradiction, à écouter les revendications de la société, à répondre à la contestation par la négociation sociale. Sa faiblesse consiste au contraire à se définir comme puissance commandante au lieu de s’affirmer comme service public. Il est impotent quand il réduit le gouvernement démocratique au commandement de la société. Il est déficient quand il subordonne les priorités sociales aux logiques politiciennes et rejette les demandes sociales en invoquant les aléas  du contexte international.

Certes, gouverner en démocratie c’est aussi savoir refuser quelquefois le compromis pour imposer, contre les intérêts particuliers corporatifs immédiats, une mesure impopulaire qui permettrait de sauvegarder, sur le long terme, l’intérêt général de la société globale. Comme l’a souligné Raymond Aron, le rôle politique des élus en démocratie n’est pas seulement de défendre les intérêts particuliers de leurs mandants. Il est aussi de défendre l’intérêt général de la Nation et de sauvegarder les valeurs qui assurent la cohésion nationale.

L’Etat démocratique doit cependant être toujours au service de la société. Le gouvernement démocratique est, par définition, un gouvernement de proximité où le pouvoir politique demeure attentif aux demandes de la société.

Dans la démocratie moderne, la priorité revient donc aux citoyens et à la société et non plus aux « jeux » de la politique et aux besoins internes du gouvernement. L’Etat Léviathan et le machiavélisme sont morts. Ils cèdent désormais la place à l’Etat empathique et à une gouvernance morale soucieuse du Bien-être et des avis des citoyens.

La notion de gouvernance traduit cette nouvelle relation qui subordonne l’Etat à la société et fait des gouvernants les serviteurs des gouvernés. Elle remplace la notion ancienne de gouvernement entendue comme commandement de la société par l’Etat. La gouvernance renvoie à un mode de gouvernement transparent qui donne plus de place au contrôle exercé par la société  sur  la gestion de  la chose publique. La bonne gouvernance est la disponibilité du Pouvoir à l’égard de la société. Elle définit le service d’un pouvoir empathique, compassionnel, accessible, réceptif, attentif, en situation d’écoute, réactif, ouvert à la discussion publique  et à la négociation. Cf Pierre Rosanvallon. La légitimité démocratique   

L’Etat démocratique est donc un Etat humble et non pas un Etat fort. Il se caractérise par sa capacité à aller recueillir « les opinions naïves des pauvres gens » pour éclairer ses décisions comme le souligne Alain  dans ses  Propos sur les pouvoirs.

En réalité, le suffrage universel démocratique, souligne le philosophe Alain, ne fait que réaliser cette légende venue du fond des âges qui enseigne que « le maître absolu ne peut s’instruire que s’il se déguise en homme du peuple ». « Le Roi se déguise une fois tous les quatre ans-dit la légende- ; il entend alors autre chose que des acclamations et des flatteries. Il est ramené au bon sens ».

Cette immersion dans le peuple, rappelle au Prince « les limites que le droit commun impose à toute habileté dans tout métier. Car le succès n’est pas toute la sagesse ». En démocratie, la limitation du pouvoir par les droits des citoyens, subordonne la gestion rationnelle de la société à l’impératif de répondre pragmatiquement aux besoins des acteurs sociaux. Cette subordination de l’Etat à la société, cette attention des gouvernants aux demandes des gouvernés fait entrer l’action gouvernementale en démocratie.

Pour rompre définitivement avec la conception patrimoniale de l’Etat, qui continue de dominer notre imaginaire politique en Afrique, ne devrions-nous pas alors  nous réapproprier cette conception de l’Etat comme service public et non pas comme puissance commandante? Pour conforter la démocratie, ne devrions-nous pas nous représenter les gouvernants comme de simples gérants des affaires de la collectivité et non plus comme les organes d’une autorité qui surplombe la société ? Cette révolution des représentations qui doit permettre d’instituer en Afrique la démocratie à la fois comme régime politique et comme société ne devrait-elle pas aussi concerner le rôle de l’Intelligentsia africaine?

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