L’activisme identitaire d’une minorité d’acteurs politiques baoulé en Côte d’Ivoire: un jeu dangereux et irresponsable.  0

"Nous demandons donc à tous nos frères Baoulés, de quelque région qu’ils proviennent de continuer d’être Baoulé et fier, et de continuer d’être solidaire autour de leur plus grand symbole, le garant de leur système de valeurs, leur Roi Baoulé". dit l’ex-Ministre de l’Education nationale Paul Akoto Yao qui conclut par ce propos archétypique de la revendication identitaire, une interview dans un quotidien en ligne ivoirien.

Quid de la nation? Quid de la citoyenneté ? Quid de la République ?

Les Baoulés (dont je suis) seraient-ils menacés dans leur être Baoulé, dans leur identité ethnique et dans leurs valeurs culturelles en Côte d’Ivoire?

Par qui le seraient-ils ? Par d’autres collectivités ethniques du territoire ?  Par une invasion d’étrangers ? Par un Etat aux mains d’étrangers et d’intérêts étrangers ?  (cf : La thématique de l’invasion étrangère, une arme anti-politique prisée en Côte d’Ivoire ; cedea.net Octobre ; 2018)

Pour une énième fois en Côte d’Ivoire, ne se trouve-t-on pas  devant un cas  de figure exemplaire des escroqueries meurtrières qu’affectionnent les élites ploutocratiques et oligarchiques africaines qui se redéfinissent pour l’occasion en élites lignagères ?

N’est-on pas en face d’une manipulation politique irresponsable de l’ethnicité dans un nationalisme ethnique électoraliste, artificiel et frelaté ?

N’est-on pas en face d’une coupable tentative d’instrumentalisation des populations paysannes par des classes dominantes citadines qui entendent capturer l’Etat par tous les moyens pour servir leurs ambitions personnelles de pouvoir et d’enrichissement au détriment du peuple ?

Cette phrase de l’ex-Ministre Paul Akoto Yao, rappelle étrangement le propos identitaire d’Henri Konan Bédié appelant le Baoulé à rester Baoulé devant une partie de la chefferie baoulé réunie pour l’occasion.

Cet activisme ethno-nationaliste s'apparente furieusement à une remise en cause de la primauté de l’État ivoirien par une élite compradore, dans un contexte pré-électoral volatile, où le bon sens conseillerait de donner la priorité à la raison et au bon sens, d’éteindre les passions et de s’interdire de tenir des propos irresponsables. En un tel contexte, devrait prévaloir au niveau de l’intelligentsia, le sens de la citoyenneté, la conscience de l’intérêt général et du bien commun.

Que deviendrait la Côte d’Ivoire si les cadres des 67 communautés ethniques et des confessions du pays appelaient  les membres de leurs communautés à protéger leur identité ethnique et à se rassembler derrière leurs chefs tribaux pour faire prévaloir leur droit à l’exercice du pouvoir ? Qu’en serait-il de la République ?

Qu’en serait-il de l’autorité de l’Etat central comme garant de l’intégrité du territoire ? Qu’en serait-il de l’unité politique de la cité  si l’exhortation  au regroupement communautaire défensif devenait, à l’instar de l’ex- Ministre Paul Akoto Yao dans le sillage de Henri Konan Bédié, le mot d’ordre des cadres dirigeants des autres communautés ?

On s’étonne qu’une minorité de cadres dirigeants de la communauté Baoulé qui appellent étrangement à l’autochtonie et à la défense d’une identité culturelle locale prétendument menacée, franchissent pourtant  les frontières en vue de reconfigurer les lois coutumières ivoiriennes selon celles d’une communauté ethnique d’un territoire étranger.

Cette minorité de cadres Baoulés voudrait-elle redessiner les frontières coloniales pour construire un Etat ethniquement homogène de Baoulé ?

Est-ce le programme de la plate-forme que le PDCI d’Henri Konan Bédié projette  avec le FPI de Laurent Gbagbo similairement animé par le nationalisme ethnique autochtoniste et le populisme ?

L’appel irresponsable et hautement condamnable de cette minorité de cadres Baoulés s’apparente à un tison  enflammé brandi par des pyromanes à côté de jerricans d’essence. Ces cadres qui n’en sont pas à leur premier aventurisme ethnonationaliste risquent fort d’être les premières victimes d’une explosion que la sagesse de la majorité des Ivoiriens devrait empêcher.

Il convient donc de dénoncer vigoureusement, dès maintenant,  cet extrémisme identitaire qui, j’en suis certain, ira au terme de sa logique irrationnelle: la contestation des résultats des urnes après une défaite électorale prévisible. Cette défaite inéluctable est la conséquence logique   du discours et du programme clivant d’un parti ethno-nationaliste qui a fait le choix de se définir selon une représentativité communautaire et s'est replié sur sa base ethnique dans un Etat multiethnique. Les élections locales semblent avoir annoncé les premisses de la dynamique pyromaniaque en laquelle la faction identitaire du PDCI s'est enfermée.

 

 

 

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