LE RHDP COMME LE PDCI EN SON ESSENCE ACCOMPLIE  0

Dibi Kouadio Augustin

Professeur Titulaire de Philosophie

Université Félix Houphouët-Boigny d'Abidjan.              

Le Bureau Politique du PDCI, en sa réunion du lundi 24 septembre 2018, à Daoukro, vient de confirmer que ce parti se retire définitivement du RHDP. Il est souligné qu’il envisage la « mise en place d’une plate-forme de collaboration avec les forces vives de la nation » et toute formation politique partageant « sa vision d’une Côte d’Ivoire réconciliée et pacifique ». Au plan formel, l’on peut dire que par son retrait, le PDCI vient de rejoindre l’opposition : en effet, il se pose en s’opposant au RHDP, à ce noble projet de construction de notre être-ensemble, se recueillant dans le ressouvenir du premier bâtisseur de notre pays, pour répondre aux exigences de la modernité, en réunissant ce qui est épars.

Que l’opposition politique dans notre pays puisse voir la venue au jour d’une autre formation pour se renforcer, qui le pourrait refuser ? N’est-il pas d’ailleurs souhaitable au plus haut point pour la santé éthique d’une nation que ne soit pas étouffée l’opposition, que celle-ci soit vivante pour, sans cesse, par le regard critique, aider à lever la tête, à ne pas nous déposer, en un mot, à travailler à l’avènement d’un lendemain davantage humain ? Les grandes nations ne se sont-elles pas construites sur cette base, soucieuses que la pluralité caractérise l’existence et que c’est par aiguisement et affinement des divers points de vue que peut fleurir une société épanouissante ?

Sur ce point, ne faut-il pas se demander ce qui réellement, essentiellement, oppose le PDCI au RHDP ? Nous ne voyons pas le PDCI s’opposer à partir d’un  projet de société, d’une vision du monde, de l’homme, d’une conception de la vie historique ! Pascal souligne que toute la dignité de l’homme consiste dans la pensée. Les débats d’idées, exercice par lequel les hommes rejoignent ce qu’il y a de plus haut et de plus noble en eux, sont comme en sommeil dans le champ politique de notre pays. Le sommeil de la raison engendre des monstres. En nous contentant des préjugés, des opinions boiteuses et contingentes, notre raison tourne sur elle-même, à vide et glisse nécessairement vers ce que Platon désigne comme étant la partie bestiale de l’âme qui, déchaînée, ose tout. L’avènement d’une nation démocratique n’est possible que si nous nous exercions à aller vers des idées, à les construire et à les soutenir dans un examen parallèle, « un frottement analogue à celui de deux allume-feux », selon l’expression de Platon, afin que jaillisse une lumière susceptible d’éclairer chacun de nous, en révélant que le vrai n’est ni à moi, ni aux autres, mais qu’il est entre nous, au milieu.

Le PDCI tel qu’il est conduit actuellement, comme il va, ne gagnerait-il pas à établir conceptuellement ce qu’il vise, ce qu’il est en soi et que ne serait pas le RHDP, afin que son opposition actuelle ait un sens ? Autrement, son acte de s’opposer ressemble à cette « dispute de jeunes gens têtus » dont parle Hegel, dont « l’un dit A quand l’autre dit B, pour dire B quand l’autre dit A », et qui, par la contradiction avec soi-même, se payent la satisfaction de demeurer en contradiction l’un avec l’autre !

Dans les discours prononcés à Daoukro, il a été entendu les phrases qui suivent : « je ne sais pas ici en Côte d’Ivoire et particulièrement en cette salle qui peut souhaiter la disparition du PDCI-RDA. Peut-être que je me trompe ; si tel est le cas, que ces personnalités présentes se lèvent pour donner leurs raisons profondes ». Le Président Bédié sait bien que les partis constituant le RHDP ne veulent pas la disparition du PDCI. L’avènement du RHDP auquel lui-même de tout son cœur, de toute sa force, de toute son âme, il a contribué, ne signifie nullement la réduction à néant, la mise à mort du parti fondé par le Président Félix HOUPHOUËT-BOIGNY. Il est simplement à rappeler que ce parti a connu une détente et une contradiction en soi pour laisser être des formations politiques n’ayant jamais renié leur source, l’âme substantielle de leur provenance. Nourries par le temps et des expériences diversement vécues, elles veulent désormais s’unifier afin de porter plus loin et plus haut l’œuvre initiée par celui qui, ami de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger, en grand dialecticien, a poursuivi, toute sa vie durant, une synthèse élégante de la tradition et de la modernité. Cet homme était vraiment ouvert sur l’Universel, entendu comme « ce qui, unique, verse pourtant dans tous les sens », selon Michel Serres.

Le PDCI du Président Félix HOUPHOUËT-BOIGNY trouve en le RHDP son essence accomplie, sa vérité intrinsèque, le lieu où il est véritablement auprès de soi. Il trouve en ce rassemblement sa vie déployée en vives scintillations. La « disparition du PDCI » ne consisterait-elle pas plutôt en sa fétichisation, à dire qu’il est l’essentiel de l’héritage laissé ? L’essentiel ne saurait être un parti, quel qu’il soit, mais ce que vise ce parti, la flamme en lui appelée à se transmuter en un réservoir de vie d’où pourront s’élancer sans cesse des jets, des œuvres. Le parti n’est pas une fin en soi, mais un moyen afin de se mettre en route, quelque part dans l’inachevé. L’essentiel est dans ce qui est éternité de vie et de mouvement, non éternité d’immutabilité.

En bonne logique, si l’on tenait à tout prix à perpétuer le souvenir du Président Félix HOUPHOUËT-BOIGNY, pourquoi se retirerait-on d’une formation politique dont le nom porte le terme "Houphouétistes" ? Ne nourrirait-on pas le désir secret qu’en lieu et place de ce terme, il fût fait mention d’un autre mot ? Le Bureau Politique du PDCI-RDA conclut son communiqué en rassurant ses militantes et ses militants de sa « détermination à reconquérir le pouvoir d’Etat en 2020 ».Que le dernier mot soit cette visée n’est pas un hasard, nom qu’emprunte Dieu quand il veut rester anonyme, selon Einstein ! Qui n’aura pas compris que seule cette visée est à l’origine du retrait du plus vieux parti de notre pays du RHDP ! L’Evangile du dimanche 23 septembre 2018, un jour avant la réunion de Daoukro, nous rappelle une vérité élémentaire selon laquelle c’est ce que nous nourrissons à l’intérieur de notre être qui afflue vers l’extérieur pour devenir une nourriture indigeste : « Vous désirez quelque chose, mais vous ne pouvez pas l’avoir, et alors vous êtes prêts à tuer ; vous avez envie de quelque chose, mais vous ne pouvez pas l’obtenir, et alors vous avez des querelles et des luttes ».

Il est seulement heureux de constater que l’opposition au RHDP n’aille pas jusqu’au boycott des élections du 13 octobre 2018. C’est le signe que la bonne graine du Président Félix HOUPHOUËT-BOIGNY n’est pas perdue et qu’au bout de la nuit, surviendra une aube nouvelle, « pacifique, douce et bienveillante ».

DIBI Kouadio Augustin  

Professeur Titulaire de Philosophie

Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody                    

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