Le Président Alassane Dramane Ouattara sert-il l’intérêt général en Côte d’Ivoire ? (suite)

En Côte d’Ivoire, l’économie libre de marché est un modèle politique alternatif.

En Côte d’Ivoire, la politique gouvernementale actuelle  de reconstruction des infrastructures est régie par la logique de l’intégration nationale de la diversité sociale par l’économie libre de marché. Il y a ici un choix politique situé dans l’orthodoxie d’une tradition économique et politique, celle du libéralisme économique, fondé sur l’idée que l’économie libre de marché permet de réaliser l’émancipation des individus et des collectivités et de libérer les peuples de toutes les formes de domination politique. Toute la problématique politique en un pays d’Afrique Noire, qui opère le choix du libéralisme, est alors de conformer la praxis gouvernementale aux valeurs et à l’utopie du modèle libéral, d’y rapporter intelligemment les particularismes culturels locaux sans dévoyer ces valeurs et cette utopie afin d’en déployer pleinement la productivité dans un contexte socio-historique donné.

Les sociologues montrent que dans le libéralisme, l’idée de marché est une sorte de modèle politique alternatif qui s’oppose au despotisme. « Aux figures formelles et hiérarchiques de l’autorité et du commandement, souligne Pierre Rosanvallon, le marché oppose la possibilité d’un type d’organisation et de prise de décision largement dissocié de toute forme d’autorité : il réalise des ajustements automatiques, procède à des transferts et à des redistributions, sans que la volonté des individus en général et des élites en particuliers joue aucun rôle ».

 

L’objet de l’économie libérale de marché est donc de soustraire la société  au contrôle du pouvoir politique, de lui permettre de s’autoproduire elle-même en pourvoyant à ses propres besoins, de réaliser un certain idéal d’autonomie des individus et des collectivités. Telle est l’utopie qui  structure le libéralisme politique et qui commande le retour en force de l’économie de marché dans le monde, et spécialement en Afrique Noire, après la chute des étatismes et des dictatures. Le capitalisme libéral, fondé sur l’économie de marché, ne saurait donc se réaliser en Afrique  sur le maintien « du contrôle holiste de l’activité économique, sur la dépendance de celle-ci par rapport aux objectifs propres du pouvoir politique ou religieux et aux effets des traditions et des privilèges ». Cf Alain Touraine.

Les lois coutumières et le modèle hiérarchisé des sociétés traditionnelles précoloniales, qu’invoquent les adeptes ivoiriens du nationalisme communautaire pour contester le modèle politique et économique libéral ivoirien, ne peuvent donc constituer ni la base sociale et culturelle d’une économie libérale endogène, ni les fondements d’une modernisation économique. Certes, le modèle libéral et marchand de la société comporte des limites soulignées par maints sociologues et économistes, comme en témoigne la dérive du capitalisme libéral historique dans le capitalisme sauvage qui se nourrit du monopole et de la domination, à l’opposé des idées d’Adam Smith.

Le choix du libéralisme peut donc être critiqué et récusé à partir de choix idéologiques fondés sur des modèles politiques et économiques différents. La République et la Démocratie appellent cette confrontation des modèles économiques, sociaux et politiques. Certains peuvent préférer le modèle de l’intégration de la diversité nationale par la politique et par l’endoctrinement idéologique au modèle de l’intégration par l’économie libérale marchande fondée sur l’interaction et l’interdépendance pragmatiques des besoins et des intérêts des acteurs sociaux. Il n’en demeure pas moins que le chemin de l’intégration nationale par la voie de l’idéologie et de la planification qui fut emprunté, après les Indépendances, par la totalité des pays africains, a débouché sur les impasses et les abîmes du sous-développement et de la régression économique sociale et politique. Le contrôle politique de la société et de l’économie par l’Etat en Afrique Noire a conduit à la stérilisation des énergies créatrices, à l’atomisation du corps social, et à la massification des peuples.

En imaginant donc une combinaison des deux voies d’intégration, une palette de choix alternatifs au capitalisme s’offre aux politiciens et aux partis d’opposition africains qui refusent les fausses solutions du populisme identitaire et de l’utopie révolutionnaire du marxisme-léninisme désormais obsolète. Ils peuvent imaginer des modèles de développement et de société différents de ceux du capitalisme libéral et les décliner pédagogiquement pour en faire une base idéologique d’opposition politique. Mais la voie de développement libéral démocratique et républicain, actuellement choisie par le gouvernement ivoirien, ne saurait en aucun cas être remise en question à partir d’un modèle antidémocratique de société inspiré par le nationalisme communautaire ou confessionnel, et son rêve de pureté et d’homogénéité. Approprié à la nature diversifiée des sociétés multiethniques africaines, le cadre politique républicain, fondé sur l’intégration de la diversité ethnique et confessionnelle, constitue un cadre non négociable que le gouvernement démocratique ivoirien actuel respecte en mettant en œuvre son libéralisme.

En nous en tenant donc au souci du gouvernement ivoirien de respecter au plan politique les droits de l’homme, comme l’exige le libéralisme philosophique, nous voyons un souci de modernisation et de libération dans sa politique économique de reconstruction des infrastructures économiques et d’institution d’une administration efficiente régie par les principes de compétence et de rationalité.

Cette modernisation émancipatrice a été largement négligée depuis des décennies en Afrique Noire. Et elle constitue un grave retard qu’il faut rattraper. En démocratie, les critiques doivent être constructives. Et elles ne le sont que si elles sont déterminées par le souci individuel et collectif du service de l’intérêt général, dans une conscience partagée de la défense du Bien commun qui transcende les intérêts particuliers partisans et corporatifs.

Dans la mesure où les infrastructures économiques et sociales sont toujours la  base nécessaire de l’émancipation individuelle et collective, et un legs à la postérité, nous pouvons dire que le Président Alassane Dramane Ouattara est au service de l’intérêt général en Côte d’Ivoire. En nous plaçant sur le terrain du critère de la légitimité administrative, conquise par la réussite de la reconstruction du tissu économique et par le rétablissement de la sécurité nationale, nous pouvons soutenir que le Président de la République de Côte d’Ivoire Alassane Dramane Ouattara a pour le moment relevé avec succès le défi que lui avait lancé l’ex-président ivoirien Gbagbo lors de la visite des Elders en mai 2011 dans sa prison de Korhogo. <>

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