Comment être crédible quand on prétend dénoncer, en qualité d’opposant, une dictature ?  0

Comment être crédible quand on crie, en qualité d’opposant, à la dictature et au viol des droits fondamentaux de la personne face à un gouvernement qui s’en défend

Pour pouvoir donner des leçons de démocratie et être crédible quand on crie à la dictature en qualité d'opposant face à un gouvernement, il faut être irréprochable sur le registre du respect des principes fondamentaux de la République et de la démocratie.

Le dénonciateur doit, en sa qualité d’opposant, incarner en son être, en son discours et en sa praxis politique l’antithèse du régime qu’il récuse. Il doit être un démocrate et un républicain de conviction.

Cette dénonciation doit par conséquent être soutenue par un programme alternatif d'intégration sociale et de construction nationale au moyen duquel l’opposant entend résoudre les problèmes prétendus d’injustice sociale et d'atteintes aux droits fondamentaux de la personne.

Le préalable en cette matière consiste en ce que cette dénonciation soit motivée par un souci démocratique d’interpellation du pouvoir par un contre-pouvoir qui se définit comme contrepoint systémique du gouvernement et non pas comme son ennemi dans un rapport insurrectionnel de type antisystème. Il faut par ailleurs que cette interpellation ne se définisse pas sous le mode de la stigmatisation populiste et ne soit pas artificielle et opportuniste.

Est-ce le cas en Côte d’Ivoire, pays où prétendent dénoncer une soi-disant dictature, certaines fractions qui sont entrées en dissidence contre le RHDP le parti au pouvoir à l’approche de la présidentielle 202O et certains partis politiques qui se sont emmurés dans le boycott électoral depuis avril 2011 pour ne se réinscrire qu’occasionnellement dans la compétition ?  

Selon toute vraisemblance, ces conditions de crédibilité ne sont guère satisfaites, ni par le chef du RACI-GPS, ni par le chef du PDCI-Bédié, ni ceux du FPI  qui, jusqu'à ce jour, tiennent un discours de stigmatisation populiste et crient à la dictature sans assortir cette dénonciation par des indices et des préliminaires d'un programme politique alternatif d'intégration sociale et de projets de réformes institutionnelles permettant de rétablir le respect des droits fondamentaux. 

Le déficit de crédibilité de ces partis et fractions est une évidence pour le sens commun.

Ce déficit est historiquement attesté par des bilans gouvernementaux calamiteux, pour les uns et par la gestion mafieuse d'une région du pays, pour les autres. 

Dans toutes les démocraties pluralistes du monde, tous les partis politiquement responsables se livrent toujours à un aggiornamento et à une remise en question critique de leur gestion du pouvoir après des échecs politiques et des échecs électoraux.

Ils s'astreignent à ce travail d'autocritique interne pour se délester de ce lourd passé et reconstruire leur crédibilité afin de tenter de reconquérir la confiance du peuple. 

Au terme de cet aggiornamento critique, ils changent quelque fois de dénomination, se repositionnent politiquement pour se conformer à l'éthique du régime du pays et à l'esprit des temps, reconstruisent leurs discours politiques et le recentrent sur des problématiques sociales. 

Le PDCI-Bédié et le FPI n'ont pas été capables de s'astreindre à cette épreuve de responsabilité et de redéfinition critique de soi

Le chef du RACI-GPS, quant à lui, s'est politiquement sabordé en reniant sa prétendue rébellion républicaine de 2002 au profit d'une insurrection de nature ethno-populiste afin de faire prévaloir un désir de dévolution autocratique du pouvoir. Ces partis et fractions en sont MENTALEMENT RESTÉS au RÉGIME de PARTI-UNIQUE et à LA CULTURE D'AUTOCRATIE QUI FAIT DE LA SOCIÉTÉ L'OBLIGÉE DU POUVOIR POLITIQUE ET DES ACTEURS POLITIQUES LES MAÎTRES DE LA SOCIÉTÉ.

Pleins d'eux-mêmes, alourdis par leur passé calamiteux et inquiétant, animés par un sentiment radical d'impunité, ces partis et fractions aveuglés par l'idolâtrie du pouvoir, se sont engagés dans la présidentielle avec le même discours insurrectionnel et ethno-populiste des années 1995 à Mars 2011. 

Adoptant contradictoirement, dans le même moment, la posture du démocrate et du républicain outré, proférant des leçons de démocratie et criant à la dictature lors même qu'ils en violent les principes par le discours et la praxis, ils confirment aux yeux des Ivoiriens et de la communauté internationale, qui s'en étonne, une réputation d'imposteurs, de démagogues et d'irresponsables auxquels le peuple majoritaire d'un Etat postcolonial, conscient de ses attentes en matières de développement endogène et de respect des droits de l'homme, ne saurait confier son destin.

 

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