Éditorial. Contre le culte de la personnalité, la culture démocratique d’exemplarité  0

Éditorial.

En Afrique noire, comment éviter de déifier les Grands Hommes au risque d'occulter leur dimension d'exemplarité ?

Quand on déifie les Grands Hommes, on les extrait de la condition de l'homme ordinaire qui ne devient Grand qu'en se dépassant dans un travail sur soi, lui permettant de vaincre ses faiblesses internes pour promouvoir ses vertus personnelles. Quand on  les divinise, on les célèbre dans un culte de la personnalité stérile et dangereux qui en fait des individus doués de pouvoirs surnaturels inimitables par les hommes ordinaires.

On oublie alors qu'ils existent pour incarner des idées, des vertus, et pour démontrer par leur exemple qu'il est possible à l'homme ordinaire d'agir selon ces idées et ces vertus.

On anéantit leur dimension d’exemplarité, de bon exemple à imiter par les hommes ordinaires.

Les Grands Hommes existent pour être imités dans l'agir et non pour être louangés par le verbe.

Tel fut sur le plan des Religions, le rôle historique des prophètes. Ils furent des schèmes, de bons exemples des vertus humaines internes. Ils étaient  destinés à être imités par les coreligionnaires pour leur permettre de vivre selon la vertu ici-bas et assurer, par cette vie exemplaire,  le salut de leur âme dans l’autre monde.

Tel est le rôle historique des Grands Hommes dans la politique et dans tous les secteurs de l'agir humain. Ils sont destinés à être imités par les citoyens en vue d’assurer le bonheur de tous dans la cité terrestre et en garantir la pérennité par cette existence  politique exemplaire.

Nelson Mandela fut l'exemple du démocrate, de l'homme d’État humaniste et frugal, soucieux avant tout de bâtir une nation avec une diversité de peuples,  une cité fraternelle préservée de la corruption, de la ségrégation et de la violence.

L’incapacité de sa postérité dans l’ANC à l’imiter, et en faire un modèle de l’agir politique en ce parti,  résulte d’une cécité par rapport à la dimension d’exemplarité du Grand Homme sud-Africain.

On pourrait en dire autant pour Félix Houphouët-Boigny dans la postérité du PDCI-RDA en Côte d'Ivoire et saisir, sous cette perspective, la racine de la dérive ethno-nationaliste du parti ainsi que  l’hostilité actuelle d’une partie de cette postérité  envers le chef de l’État ivoirien  Alassane Ouattara, l’acteur politique ivoirien qui, au PDCI-RDA, su saisir cette dimension d’exemplarité du Grand Homme  et su en  faire l'inspiration de son agir politique.

Notre cécité aux idéaux, aux principes, et notre propension subséquente à déifier les Grands hommes nous fait perdre de vue cette dimension d'exemplarité, oblitère leur fonction de promoteur du changement historique et nous condamne à un éternel recommencement.

Cette conduite d'échec continentale se matérialise par une tendance à entraver l'action historique de ces Grands hommes, à les anéantir physiquement par l'assassinat ou symboliquement par la divinisation, par l'oubli et l’amnésie.

 

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