La thématique d’ « alternance du pouvoir » et de  » limitation du mandat présidentiel » en Côte d’Ivoire: entre revendication démocratique de conviction et instrumentalisation populiste.  0

En Une d'un journal partisan ivoirien du FPI tendance Laurent Gbagbo, du lundi 7 Octobre 2019, figurent l'ex- chef d’État Nigérian Goodluck Jonathan et  une brochette d'ex-chefs d’État africains manifestement utilisés comme caution de la revendication d'alternance du pouvoir et de la limitation du mandat Présidentiel par le FPI en Côte d'Ivoire.

Une ironie de l'histoire perce en cette Une dévoilant une forme d’insincérité et les contradictions internes du FPI qui, depuis sa défaite électorale en 2010, ne s’est livré à aucun aggiornamento interne et n’a pas renoncé à sa vision autocratique du pouvoir .

Contrairement à Laurent Gbagbo, Goodluck Jonathan se fit remarquer en 2015  par son exemplarité démocratique et républicaine en reconnaissant sa défaite électorale à la présidentielle 2015 et en cédant le pouvoir à son adversaire  alors que ses partisans l'encourageaient à refuser le résultat des urnes au risque de provoquer une guerre civile dans le pays. (Voir à ce propos dans cedea les 2 contributions que j'avais écrites sur le sujet: " Goodluck Jonathan, l'anti-Laurent Gbagbo" 1ère et 2 ième partie, 4 et 5 avril 2015 cedea. net)

En décembre 2010,Laurent Gbagbo le chef du FPI avait refusé de reconnaître sa défaite électorale et s'était dressé contre la communauté internationale au nom d'un souverainisme frélaté.

Sans avoir renié l’extrémisme identitaire et le populisme qui définissent sa position idéologique, il en appelle maintenant à la communauté internationale pour réclamer une alternance du pouvoir à l’approche de la présidentielle 2020 après avoir boycotté systématiquement les élections depuis sa défaite électorale inacceptée de décembre 2010.

Vaut-il la peine de souligner que le FPI de Laurent Gbagbo refuse, jusqu'à ce jour du Lundi 09 octobre 2019, de reconnaître cette défaite  à la différence de Goodluck Jonathan qui avait reconnu la sienne en démocrate convaincu en 2015, malgré les soupçons d’irrégularités en certains bureaux de vote du pays ?

Que le FPI excipe de sa bonne foi démocratique en utilisant l’image et les propos de l’ex-président Nigérian Goodluck Jonathan comme faire-valoir, est loin d’exprimer une conversion démocratique du parti et un souci d’alternance.

Cette contradiction laisse plutôt entrevoir une démagogie et un stratagème.

A l’approche de la Présidentielle 2020 à laquelle le FPI de Laurent Gbagbo a décidé de participer, la thématique de l’alternance et de la limitation du mandat présidentiel complète un dispositif de guérilla politique dont les premières étapes furent le boycott électoral et la stigmatisation populiste de la majorité au pouvoir RHDP accusée d’être une dictature immonde.

 Le parti de Laurent Gbagbo, qui a conservé sa vision communautariste et antidémocratique de la société et de l’Etat, entend manifestement mobiliser, de manière purement démagogique, la thématique de « l’alternance du pouvoir » et de la « limitation du mandat présidentiel » pour faire place nette en Côte d’Ivoire à son profit en phagocytant au passage le PDCI de Bédié.

Instrumentalisant la thématique de « l’alternance du pouvoir » et de la « limitation du mandat présidentiel », le parti ethno-populiste entend, à cet effet, se donner une caution de légitimité démocratique en utilisant la communauté internationale pour redorer son blason et s’octroyer paradoxalement le pouvoir d’État ivoirien avec le soutien des puissances étrangères comme instruments de pression.

 Ce parti et le conglomérat des fractions satellites qui lui servent de clientèles dans la "plate-forme" EDS devraient pourtant savoir que l'alternance démocratique du pouvoir s'obtient au moyen de la crédibilité de programmes partisans qui réussissent à convaincre la majorité des populations de l’Etat.

L'alternance démocratique du pouvoir ne s'octroie pas à partir de l'étranger mais de l'intérieur par le peuple souverain qui évalue et juge les programmes sociaux, économiques et politiques des divers candidats.

Laurent Gbagbo et son FPI, qui se sont auto-proclamés "démocrates" et qui prétendaient représenter le peuple tout en piétinant le peuple, ont occupé le pouvoir d’État pendant une dizaine d'années sans élection et ont voulu conserver le pouvoir ad-vitam æternam au prix de la guerre civile. Leur passion subite pour la limitation des mandats présidentiels après qu'ils aient boycotté les élections en Côte d'Ivoire pendant 9 ans est loin de signifier leur conversion à la démocratie et au consensus républicain.

Au FPI de Laurent Gbagbo qui avait gouverné la Côte d’Ivoire en piétinant ces marqueurs de la démocratie, le désir "d'alternance du pouvoir" et de "la limitation du mandat présidentiel" semble manifestement animé par une passion vengeresse et revancharde anti-démocratique. Cette revendication n’est pas motivée par une volonté de démocratie et de république.

Au FPI identitaire de Laurent Gbagbo, Gooluck Jonathan et la brochette des anciens chefs d’État, les ONG de défense de la démocratie, semblent n’être que des instruments de propagande, des hochets démagogiques et, au pire, des masques et des leurres.

 

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