Sur l’étonnante « métamorphose » pro-Gbagbo de certaines figures historiques du PDCI-RDA : la dénonciation et le questionnement, une exigence démocratique.  0

Suite à la contribution réflexive  concernant l’étonnante « métamorphose » pro-Gbagbo de certaines figures historiques du PDCI-RDA, j’ai été, à juste raison, interpellé par certains lecteurs qui font remarquer que la notion de « métamorphose » est inappropriée.

L’engagement ethno-nationaliste et anti-moderniste de Mr Essy Amara et de ses paires aux côtés d’Henri Konan Bédié qui brise l’alliance houphouëtiste de l’identité ethnique et de la rationalité moderne, date des années 1990. Cet engagement anti-houphouëtiste était et demeure une écarlate évidence sensible. Ces hommes qui prétendent pourtant être les héritiers et les gardiens  de l'houphouëtisme, demeurent dans la continuité d’un positionnement ethno-nationaliste  radicale et anti-libérale délibéré.

Je salue la perspicacité et la vigilance critique de Messieurs Abdul K Cissé et Calixte Atteby qui soulignent cette dimension du problème car cet engagement qui contredisait ouvertement le projet sociétal de Félix Houphouët-Boigny et l’esprit du PDCI-RDA fut accepté comme fait accompli et ne suscita guère d’opposition majeure et d’interrogation.

Les activistes « disciples filiaux » de Félix Houphouët-Boigny tombèrent le masque sans être publiquement dénoncées au sein du PDCI-RDA et récusées par une majorité d’Ivoiriens. La dérive ethno-nationaliste du PDCI-RDA dès la disparition du père de la Nation fut quasiment entérinée et demeure encore aujourd’hui considérérée  comme normale par un certain nombre d’Ivoiriens.

Il y a une explication à ce silence étonnant et la cécité collective devant cette dérive identitaire du parti.

 Cette cécité et ce silence furent la conséquence d’un habitus bien ancré dans nos sociétés post-coloniales en perte de repères depuis l’affaissement des chartes traditionnelles et la non- réappropriation des chartes de la modernité: l’acceptation du tout-venant, la normalisation des comportements habituels, l’hétéronomie de la pensée, le consentement au fait accompli, l’aveuglement devant le scandale qui n’est pas perçu comme tel, l’unanimisme favorisé par la culture du contrôle communautaire qui permet de réprimer les contestations.

Il est aujourd’hui vital de révolutionner et de révoquer cette mentalité servile et passive qui fut la superstructure idéologique des autocraties et des régimes de domination.

La démocratie requiert de remplacer en Afrique la culture passive de la soumission et de l’assujettissement par la culture du questionnement, de la problématisation, du refus des évidences, de l’explication, de l’argumentation et de la justification rationnelle. Le débat d’idées, la discussion, l’argumentation, l’intercompréhension, la réflexivité permettent d’articuler les intérêts particuliers et l‘intérêt général, les biens privés et le bien commun.

Il faut remplacer l'habitus anti-démocratique du fait accompli, de la constatation des apparentes évidences, du refus du questionnement et des remises en causes, de l’unanimisme et de l'acceptation des comportements habituels, par l'habitus de l'étonnement et de l'interrogation, de la remise en cause des soi-disant évidences sensibles, de l'explication qui détermine les causes apparentes et les causes profondes des phénomènes.

Il est temps de redonner dans notre société toute sa place à la culture scientifique et démocratique de réflexivité qui permet de problématiser les évidences, de déceler et de dénoncer le caractère scandaleux de certains comportement habituels, de construire la maturité et l’autonomie des peuples. La culture de problématisation, dans le régime de démocratie pluraliste, permet de structurer la participation politique de faire émerger la conscience de la citoyenneté qui place la responsabilité et le souci du respect des libertés et du bien commun au centre de la cité.

Il faut bel et bien chercher à déterminer les raisons explicatives ultimes de dérive ethno-nationaliste des figures historiques du PDCI-RDA. La démocratie pluraliste, l’exigence d’éclairement et développement de la raison publique  qui est inhérente à ce régime appelle cette interrogation.

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