Rencontre Bédié-Gbagbo : Le rendez-vous de deux ‘’amnésiques’’  0

Ambroise Tiétié

Journaliste Professionnel

Au quotidien Ivoirien LE RASSEMBLEMENT.

Hier, lundi 29 juillet 2019, les présidents Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo se sont enfin rencontrés, à Bruxelles, à la résidence du second qui est en attente d’un procès en appel après sa libération le 1er février dernier par la CPI. Mais, le communiqué sanctionnant leurs échanges est si ‘’surréaliste’’ que l’on se demande de quoi parlent, finalement, les deux hommes.

Ouf ! Henri Konan Bédié a certainement poussé un soupir de soulagement, hier lundi 29 juillet 2019. Et pour cause, après avoir fait le pied de grue pendant plusieurs semaines qui ont paru une éternité, il a fini par rencontrer celui dont il disait qu’il était un ‘’dictateur’’,  et ‘’qu’il était bien là où il était (à la CPI)’’ dans un passé relativement récent. Ce rendez-vous improbable naguère a été sanctionné par un communiqué dont la teneur jure avec l’histoire de leur gouvernance respective en tant que chefs d’Etat. De quoi s’agit-il ? En effet, certains points dudit communiqué prennent d’insupportables libertés avec la réalité, au point où on peut s’interroger. De qui se moquent donc ces deux personnalités qui semblent, du coup, frappées d’une amnésie aussi soudaine que suspecte ? Comme si la perte du pouvoir les avait rendus ‘’humains’’ et profondément sensibles à certaines considérations. Qu’on en juge. Au point 3 de ce communiqué est mentionné ce qui suit : ‘’Les deux personnalités ont tenu à exprimer leur compassion et leur solidarité au peuple de Côte d’Ivoire pour les traumatismes et les nombreux préjudices subis au cours de cette crise’’. Chiche ! Il a fallu qu’il rencontre Laurent Gbagbo pour que Bédié exprime sa compassion et sa solidarité au peuple de Côte d’Ivoire. Pendant toutes ces années, il était plutôt occupé à autre chose. N’eut été la ‘’promesse’’ non tenue  de l’alternance en 2020, il n’aurait donc jamais ‘’exprimé sa compassion’’ à ses compatriotes.

 Le point 4 est de la même eau : ‘’Les deux présidents ont salué la mémoire de toutes les victimes et des personnes malheureusement disparues pendant ces tristes et douloureux évènements qui ont meurtri la Nation’’, peut-on lire.Ils en ont mis du temps ! 8 ans, 8 bonnes années pour saluer la ‘’mémoire des victimes disparues’’. Pour sûr, le point 7 peut ‘’tuer’’. Et comment ! ‘’Le président Henri Konan Bédié s’est particulièrement réjoui de l’acquittement du président Laurent Gbagbo et lui a vivement souhaité un retour rapide en Côte d’Ivoire pour participer activement au processus de réconciliation nationale’’, est-il écrit noir sur blanc. On en aurait ri si les circonstances s’y prêtaient. N’est-ce pas le même Bédié qui se réjouissait ouvertement et publiquement de l’emprisonnement du Woody de Mama, estimant que celui-ci était à sa place à La Haye ? Mais, il faut croire qu’il est revenu à lui et qu’il est désormais dans de meilleures dispositions. Pour autant, on ne peut ne pas pointer la duplicité de cet homme dont l’inconstance est devenue si notoire. Fidèle les ‘’jours pairs’’, il n’éprouve aucun scrupule à afficher son infidélité les ‘’jours impairs’’, pour lui emprunter sa propre expression. Il a donc, aujourd’hui, les yeux de Chimène pour Gbagbo dont il disait hier pis que pendre, le traitant de tous les noms d’oiseaux. C’est en cela que ce rapprochement gêne les bonnes âmes.

Ce rapprochement gêne les bonnes âmes

En tout état de cause, cette rencontre est la sublimation de l’égotisme le plus étroit. Puisqu’il est désormais clair que si le PDCI-RDA avait obtenu satisfaction quant à la supposée promesse de l’alternance en 2020, ce rendez-vous n’aurait jamais eu lieu. Aussi, Bédié serait-il encore en train de chanter les louanges du président Alassane  Ouattara dont il disait, dans une autre vie, qu’il était ‘’un bâtisseur des temps modernes’’, ‘’un travailleur infatigable’’ et d’autres ‘’salamalecs’’ de courtisans. Avant qu’il ne tourne casaque.

Quant aux points 12 et 14, ils constituent un monument de tartufferie. ‘’Les présidents Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo se sont dit particulièrement attristés par le fait que bon nombre de leurs compatriotes demeurent contraints de vivre en exil, tandis que d’autres sont encore en prison pour des raisons politiques’’, note le point 12, tandis que le point 14 mentionne que ‘’les présidents Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo souhaitent donc ardemment la libération de tous les prisonniers politiques, civils et militaires et le retour en sécurité de tous les exilés’’. Que dire ? C’est un peu fort de café ! Que le président Bédié se dise attristé par le fait que des gens soient en prison pour raisons politiques est proprement hallucinant. Il a donc oublié ! N’est-ce pas lui qui a mis toute la direction du RDR en prison ? Il avait refusé de libérer les Henriette Dagri Diabaté, Amadou Gon Coulibaly, Ally Coulibaly et autres. Quant au retour des exilés, Laurent Gbagbo devrait être mal à l’aise sur la question. N’a-t-il pas opposé une fin de non-recevoir à la fraternelle requête de l’ancien régime de Blaise Compaoré qui lui demandait de mettre un terme à l’exil des soldats déserteurs de l’armée ivoirienne, alors sur le territoire burkinabè ? On sait ce qu’il advint.

Au final, ces deux hommes qui ont si peu d’atomes crochus ne peuvent abuser les Ivoiriens. Il est évident que leur rencontre obéit à une logique politicienne et cache de nombreux non-dits qui questionnent leur sincérité. A l’évidence, on assiste à un jeu de poker menteur :des deux, qui sera suffisamment futé pour tirer les marrons du feu ? ‘’That’s the question’’, aurait dit le célèbre dramaturge anglais William Shakespeare.

AMBROISE TIETIE

 

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