La nécessaire réhabilitation de la figure de l’étranger dans les États multi-ethniques post-coloniaux d’Afrique.  0

L’étranger : une arme de combat politique en Afrique.

Dispositif stratégique destiné à garantir les rapports de reproduction sociale,  à empêcher la diffusion de l’économie marchande dans le reste de la société, instrument de  contention du capital dans la sphère du pouvoir, bête de somme ou prête-nom, l’étranger fut utilisé à la fois comme capital économique et instrument de lutte politique par les classes dirigeantes des royautés et des empires de l'Afrique précoloniale. (Cf : « Les causes endogènes de la pauvreté de masse en Afrique noire 3ième  partie ». cedea.net, 15  Décembre 2015).

L’étranger continue d’être assigné à ce rôle dans l’Afrique moderne postcoloniale où certains acteurs politiques l’utilisent tour à tour selon les circonstances  comme bouc émissaire ou allié stratégique dans la lutte pour le pouvoir.

Sa marginalisation continuelle de nos jours en certains Etats africains est fonctionnelle. Elle permet, entre autres, de reproduire le système lignager et ses inégalités constitutives, de lutter contre le changement social, de bloquer les transformations structurelles requise par la démocratisation du pouvoir et des échanges.  

La stigmatisation et la criminalisation de la figure de l’étranger permet à certains acteurs politiques de proroger le modèle lignager et l’homogénéité communautaire subséquente qui garantissent leur statut de dominant. Elle leur permet de refuser les modèles sociétaux fondés sur l’hétérogénéité sociale et l’égalité et de récuser les programmes de modernisation et d’intégration nationale.

La criminalisation psychologique de l’altérité permet à ces acteurs d’écarter  un adversaire politique en le stigmatisant comme étranger. Elle permet aux hommes d’affaires politiciens de disqualifier des concurrents pour conserver le monopole du grand commerce sous l’abri de la préférence nationale d’un régime ethno-nationaliste.

La récente stigmatisation électoraliste scandaleuse de l’étranger par Henri Konan Bédié, qui s’en était fait la spécialité dans le combat politique  depuis les années 1990 et avait pavé la voie au nationalisme identitaire xénophobe du FPI de Laurent Gbagbo, soulève la question de la nécessaire réparation d’une amnésie collective. Cette amnésie qui entretient les pulsions réactionnaires  entrave le changement social, favorise les nationalismes identitaires xénophobes et les ethno-populismes instrumentaux dans lesquels l’Etranger joue le rôle de bouc émissaire commode des kleptocraties et des politiques de prédation.

Il est vital de réhabiliter en Afrique la figure de l’étranger afin de promouvoir le changement social et de soutenir la problématique de la bonne gouvernance dans les démocraties pluralistes africaines. Cette reforme mental l’est d’autant plus que la démocratie se définit comme régime de la coexistence, de l’interaction et du dialogue constructifs des altérités et des différences.

  

 

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