Réconciliation en Côte d’Ivoire : le FPI s’en moque comme de l’an 40 !  0

Ambroise Tiétié

Journaliste Professionnel

au Rassemblement (Quotidien ivoirien)

En déplacement à Duékoué, le samedi 26 avril 2019, l’ancienne première dame Simone Ehivet Gbagbo, a parlé d’un supposé génocide dont les populations wê auraient été les victimes. De quoi se demander si cette dame et ses camarades veulent voir tourner la page de la crise postélectorale.

Libérée au  nom de la réconciliation nationale, car c’est le vrai sens de l’ordonnance d’amnistie prise par le chef de l’Etat le 06 août 2018, l’ancienne première dame Simone Ehivet Gbagbo semble faire peu cas de celle-ci.

Pour preuve, alors que l’on s’attendait à ce qu’elle rame dans le sens du processus de réconciliation après son élargissement, force est de constater qu’elle ne fait rien pour changer son image d’ultra. Alternant le ‘’bon et le moins bon’’, elle se comporte désormais comme si la crise postélectorale avait été le fait d’un seul camp, son parti ayant été obligé de subir les évènements. L’exemple le plus emblématique de ce curieux tropisme que partagent ceux qu’on appelle les GOR (Gbagbo ou rien, ndlr), c’est sa dernière sortie. ‘’Il y a eu un génocide ici, et le monde entier doit le savoir’’, avait déclaré Simone Gbagbo au cours du discours qu’elle a tenu à Duékoué, le samedi 26 avril dernier, à la faveur de la célébration de la fête de la liberté qu’organise son parti chaque année, en souvenir de la réinstauration du multipartisme en Côte d’Ivoire.

Mais, avant cette sortie de route fort regrettable qui situe sur le degré de ressentiments, de rancœurs et de rancune de cette dame connue pour son intransigeance, il ne serait pas inutile de rappeler certains faits. En effet, après sa sortie de prison, le 08 août 2018, à l’occasion de l’ordonnance d’amnistie prise par le président Alassane Ouattara deux jours plus tôt, les premiers mots de l’ancienne pensionnaire de l’Ecole de gendarmerie d’Abidjan ont autant surpris que choqué. Pas un mot de compassion pour les nombreux morts de la crise postélectorale que sa raideur aurait, pour partie, provoquée. Pas un mot de pardon pour ce qu’elle aurait fait et qui n’aurait pas plu à certains. Pas un mot, enfin, de remerciements, à l’endroit de celui qui lui a permis de humer à nouveau l’air frais et vivifiant de la liberté.

Pas un mot, enfin, de remerciements, à l’endroit du président Ouattara qui l’a libérée

Voici, en substance, ce qu’elle a déclaré face à ses ‘’groupies’’ transits d’affection pour elle : ‘’ Je voudrais que vous tous, vous vous associez à moi pour féliciter Abou Drahamane Sangaré. Il est en train de marcher sur ses 75 ans, cet homme-là ! il a été capable et il est encore capable de rester debout pendant 2h pour parler. J’ai été impressionnée par la prestation d’Abou Drahamane Sangaré. Il est à l’image du Front populaire ivoirien. Tu le pousses, il est là. Tu lui fais croc-en-jambe, il est là. Tu le frappes, il est là. Tu le matraques sur les fesses, il est là. Tu l’envoies en prison, il est là. Sangaré, que Dieu te bénisse !… la refondation est là, c’est dedans on a commencé, hein. L’ancienne phase est tournée ;  aujourd’hui, toutes choses sont devenues nouvelles. Militants, militantes, levez-vous pour la nouvelle phase ! Elle sera sans arrêt. On est parti ! On est parti ! On est parti !’’, avait-elle lancé sous les vivats de ses ‘’fans’’. Quelle femme ! Elle n’a pas usurpé son nom de ‘’dame de fer’’ ou de ‘’femme au cœur de pierre’’. Après huit ans de cachot, elle semble n’avoir pas changé. Toujours aussi ‘’inflexible’’. Elle remobilise donc ses troupes pour la reprise des ‘’hostilités’’. Ce discours avait d’ailleurs fortement déplu et fait réagir de nombreux Ivoiriens dont certains s’étaient interrogés sur la pertinence et l’opportunité de sa libération. D’autant qu’elle donnait le sentiment de n’avoir tiré aucune leçon de ce qui s’est passé. C’est après que son discours a connu une inflexion positive pour moins d’extrémisme et plus de ‘’douceur’’. Elle s’est donc mise à parler de réconciliation et de pardon, comme par acquit de conscience. Cependant, elle n’a toujours pas demandé pardon aux Ivoiriens. Simone Gbagbo continue donc de se présenter comme une innocente victime.

A côté d’elle, on peut citer les autres, tous les autres,  les GOR (Gbagbo ou rien, ndlr) pour qui Laurent Gbagbo reste et demeure le cœur du débat politique. Aussi, ont-ils décidé de s’inscrire dans une logique de provocation et de négationnisme voir de nihilisme. Faut-il rappeler que quelques jours après sa libération, le ministre Lida Kouassi a tenu des propos d’une rare gravité. De fait, il a laissé entendre, en substance,  qu’il trouvait inacceptable que le député d’Agboville qui est une ville akyé, soit un  Adama, c’est-à-dire, un ressortissant du nord. Il préconise que les représentants des différentes régions ou départements à l’Assemblée nationale soient  des originaires de ces régions ou départements. Il appelle donc implicitement à un repli communautaire ou identitaire. Ce qui est une négation de la République. Et dire qu’il sort à peine de prison ! On attendait donc de lui autre chose. Au moins qu’il demande pardon ! Autant… pisser dans un entonnoir ! Bernique !

Lida Kouassi appelle à un repli communautaire voire identitaire

Il n’est sans doute pas inutile de revenir sur l’attitude des GOR. Ce qui les caractérise le plus, ce n’est pas l’humilité, le sens de la fraternité ou le souci de la réconciliation. Que nenni ! Ils rêvent tous de ‘’match retour’’, de ‘’catastrophes’’ qui s’abattraient sur la Côte d’Ivoire et qu’ils appellent de leurs vœux, etc. Aussi, ne se privent-ils pas d’applaudir, sans retenue, tout ce qui arrive de négatif à la Côte d’Ivoire, leur propre pays et se réjouissent chaque fois qu’il y a une mauvaise nouvelle. Pour preuve, encore, il n’y a pas longtemps, un certain prophète a prédit l’apocalypse. Il n’en a pas fallu plus pour que les GOR manifestent leur joie.C’est une posture que l’on comprend difficilement, vu qu’ils sont tous en Côte d’Ivoire et qu’ils ne peuvent échapper aux conséquences d’une éventuelle ‘’crise’’. Mais, tels sont les partisans les plus extrémistes de l’ancien président Laurent Gbagbo, ils se sentent moins Ivoiriens que GOR et appréhendent la réalité sous le prisme déformant (forcément) de leur passion-névrose qui les poussent à souhaiter le pire tant que Alassane Ouattara sera au pouvoir. Difficile dans ces conditions, de parler de réconciliation nationale avec le FPI. D’autant que, comme un raffinement dans le mal, le parti lui-même est divisé et a besoin d’être réconcilié. Comment Laurent Gbagbo pourra-t-il alors réconcilier ses compatriotes comme tentent de le faire croire ses hagiographes s’il est incapable de ramener la cohésion et l’unité au sein de son parti ? C’est une situation qui laisse apparaitre le vrai visage de l’ancien pensionnaire de la prison de Scheveningen, à La Haye.

 En dépit de la propagande bâtie autour de sa personne, cette occurrence achève de convaincre de l’égotisme du Woody de Mama qui ramène tout à lui et se pose comme un être irremplaçable au FPI dont il a malicieusement repris la présidence alors qu’il était encore dans les liens de la détention. Or, l’on attendait qu’il se mette au-dessus de la mêlée. Et, surtout qu’il soit légaliste. Las ! Non content de s’être fait ‘’élire’’ et ‘’réélire’’ lors de congrès douteux ( Mama, en 2015 et Moossou,  en 2018), Laurent Gbagbo n’éprouve aucun scrupule à se considérer comme le président ‘’légal’’ et légitime du FPI. Il n’a donc pas hésité à faire du chantage (si, si…) à Affi N’Guessan pour que celui-ci le reconnaisse comme président du FPI. C’est le sens de l’humiliation qu’il a fait subir à son ancien Premier ministre à Paris alors que ce dernier était allé à sa rencontre, à Bruxelles, dans l’espoir d’aplanir les incompréhensions et de dissiper les malentendus qui ont émaillé leurs relations après la crise postélectorale.Voici le résumé désopilant et triste tout à la fois de cette scène de ménage à la FPI. De Paris où il s’était rendu pour une escale avant le rendez-vous de la capitale belge, Affi se voit imposé un curieux préalable : il lui est intimé l’ordre de lire une déclaration au micro du correspondant de RFI Norbert Navarro.

A Paris, Affi s’est vu imposé un curieux préalable

Dans cette note, il est sommé de reconnaitre Laurent Gbagbo comme le président ‘’légal’’ du parti aux deux doigts. C’est à cette condition qu’il pourra être autorisé à rencontrer celui qu’il nommait encore son ‘’patron’’ avant son embarquement à bord de l’aéronef qui l’a conduit sur les bords de la Seine. Mais, comme on pouvait s’y attendre, Affi N’Guessan qui a peu de goût pour les plaisanteries a opposé une fin de non-recevoir à cette requête aux allures de piège. ‘’J’ai trouvé l’esprit de cette déclaration, son contexte et son contenu méprisants, insultants et contraires à l’esprit de réconciliation et d’unité du parti qui m’anime. En conséquence, j’ai dit ‘’NON’’, a-t-il réagi. Naturellement, les deux hommes n’ont pu se rencontrer et Laurent Gbagbo n’a rien fait pour arranger les choses. De quoi apporter de l’eau au moulin d’Affi qui a vu dans cette manœuvre à la fois une tentative d’humiliation et un piège. En effet, rien ne dit qu’il aurait été reçu s’il avait lu la déclaration par laquelle il aurait reconnu que l’ancien chef d’Etat est effectivement le président en exercice du FPI. Après quoi, la rencontre aurait été sans objet, Laurent Gbagbo étant dorénavant seul maitre à bord. On ne voit pas ce qui l’aurait empêché d’humilier davantage celui qui l’avait enterré après sa chute, en l’envoyant paître. A la guerre comme à la guerre ! Ne dit-on pas qu’un cabri à courte queue se paie par un cabri à courte queue ? Les deux hommes auraient été quittes.

 Car, il ne fait pas de doute que Gbagbo n’a toujours pas pardonné à son ancien compagnon des heures de braise de l’avoir laissé tomber après sa déchéance. ‘’On doit tourner la page Gbagbo pour avancer’’, disait Affi, en substance, invitant les partisans de l’ancien président ivoirien à ne pas s’accrocher à ‘’son cercueil’’.Il avait alors utilisé la métaphore de la veuve qui refuse de voir son défunt mari mis sous terre. C’était le 06 octobre 2014, à Abengourou, sur ses terres. ‘’Certains militants du FPI se comportent comme une veuve qui, par amour pour son mari défunt s’accroche au cercueil pour ne pas qu’on l’enterre. La procédure contre Laurent Gbagbo peut prendre plusieurs années’’, avait-il mis en garde. Il faisait preuve d’une extrême lucidité qui va se retourner contre lui. Puisque, de nombreux militants ont interprété cette sortie comme une exhortation, on l’a dit,  à ‘’tourner la page Gbagbo’’ et, surtout,  la preuve d’une collusion entre Affi et le pouvoir Ouattara. Résultat, il est affublé des épithètes les plus dépréciatives. Certains le qualifiant de ‘’Judas’’, d’autres de ‘’vendu’’, d’autres encore de ‘’président amorphe’’.

Cependant, une chose est sûre, cette déclaration a élargi le fossé entre Affi et les GOR et a davantage divisé le FPI désormais écartelé entre pro-Affi (les Affidés, ndlr) et pro-Gbagbo (les GOR). Une fracture encore accentuée par la scène ubuesque de Paris. Le tableau n’est guère reluisant pour ce parti qui prétend être le seul à même de réconcilier les Ivoiriens, selon Dr Assoa Adou,  secrétaire général de la faction dirigée par Gbagbo. Dès lors, la question que se posent de nombreux Ivoiriens est  la suivante : pourquoi le FPI version GOR  s’entête-t-il à voir la belligérance perdurer, aussi bien à l’intérieur de ce parti que dans le pays ?

Tout se passe, en effet,  comme si le retour de la paix n’arrangeait pas les partisans fanatisés du Woody de Mama. A la fois en guerre contre leurs camarades soupçonnés ou accusés de rouler pour Affi et partisans d’une opposition radicale contre le pouvoir, les GOR constituent finalement un problème pour la paix et la stabilité de la Côte d’Ivoire. Pour ne rien arranger, la libération de leur mentor semble leur donner un surcroît de raideur et d’intransigeance.

En définitive, on peut le dire haut et fort :la réconciliation, le FPI n’en veut pas et s’en moque comme de l’an 40 ! En tout cas, pas avant que les ‘’frontistes’’ aient assouvi leur désir de vengeance. On peut le déplorer.

AMBROISE TIETIE

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