Démission, attaques contre le RHDP et Ouattara, incontinence verbale… : Les mauvais choix de Soro.  0

AMBROISE TIETIE

Journaliste Professionnel

au Rassemblement

Après sa démission de l’Assemblée nationale, le vendredi 08 février 2019, Guillaume Soro semble avoir décidé de ‘’tout casser’’, surtout de ne plus se taire, tirant sur le RHDP et son président, le Chef de l’Etat Alassane Ouattara himself et se félicitant de sa ‘’liberté retrouvée’’. On le reconnait à peine !

Assurément, pour Guillaume KigbaforiSoro, il y aura un avant et un après 08 février 2019. Ce jour-là, il a rendu sa démission de l’Assemblée nationale après des mois d’hésitation marqués par des échanges avec le président Alassane Ouattara portant sur son positionnement par rapport au RHDP alors ‘’en gestation’’. Au final, il a refusé de rallier la coalition au pouvoir. Toute chose qui a conduit à sa démission. Le 08 février dernier, lors de son dernier discours à l’Hémicycle en qualité de président de l’institution, il est revenu sur cet épisode. ‘’En ce mois de janvier 2019, j’ai eu le privilège de plusieurs audiences avec le président de la République ; notamment, le 05 et le 25 janvier. Il a été question de mon engagement politique et de mon positionnement idéologique vis-à-vis  du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP). Cette question, aussi importante soit-elle, a nécessité, de ma part, réflexion et décision. J’ai choisi de ne pas m’engager au sein du RHDP unifié’’, a-t-il déclaré.

Ce même jour, il a montré de la détermination, preuve que sa décision a été longuement mûrie. ‘’Quand il est l’heure, il n’est point besoin de longs discours. Dans la vie des hommes, voyez-vous, il y a des moments aussi décisifs où il ne tient qu’à soi de prendre ses responsabilités…Oui, j’ai choisi de ne pas m’engager au sein du RHDP. Ainsi, je n’ai point pris part au congrès ordinaire du 26 janvier 2019, au stade Félix Houphouët-Boigny ‘’, a rappelé l’ancien PAN. Avant de laisser entendre que cet acte procédait beaucoup plus de ses convictions. ‘’En ce qui me concerne, il ne peut être question de défiance, mais plutôt  du désir d’harmonie entre mes convictions, mes valeurs et ma conscience. Et là-dessus, c’est sans hésitation. Le fait est que j’étais face à un dilemme :

-Soit, trahir mes convictions en allant au congrès pour sauver un poste confortable ;

-Soit, rendre ma démission et ainsi être capable de me regarder dans une glace’’, s’est-il exprimé.

Au final, il a refusé de rallier la coalition au pouvoir

Il a ensuite assuré qu’il n’abandonnait pas pour autant son ‘’combat pour le pardon, la réconciliation et la paix’’. ‘’Je demeurerai avec vous pour continuer le combat du pardon, de la réconciliation et de la paix, ce combat, à mes yeux, vaut plus que le poste de président de l’Assemblée nationale’’, s’est convaincu Guillaume Soro. Rien ne présageait, ce vendredi 08 février 2019, après ces propos empreints de pondération et de sagesse, qu’il se livrerait, quelques jours plus tard, à des attaques en règle contre le RHDP et le président Alassane Ouattara. En effet, il ne passe pas de jours, depuis sa démission, sans qu’il ne tienne des propos peu amènes, à la limite de la courtoisie, contre ses anciens alliés. Lundi 25 février dernier, recevant des chefs traditionnels du Gboklè, il a encore tenu un discours aux allures de réquisitoire contre le parti présidentiel. ‘’On ne dirige pas un parti dans l’arrogance. C’est quel genre de parti dans lequel militer est une obligation ?’’, a-t-il chargé.

Cela dit, passés les émotions, les états d’âme et les vagues à l’âme, il est une chose dont on peut faire le reproche à l’ancien PAN. Rien, absolument, rien ne l’obligeait à démissionner de l’Assemblée nationale. Entendons-nous bien. Il n’est point question de faire de la résistance ou de défier le Chef de l’Etat. Il aurait tout simplement dû continuer à rester au RHDP avec qui il a cheminé depuis de longues années. Certes, il évoque une question d’idéologie, mais est-ce si recevable, puisqu’il quitte un parti d’obédience libérale pour s’allier à un homme qui partage la même idéologie ? Parce que ce qui sépare le  président Henri Konan Bédié et le RHDP, c’est moins l’idéologie que la question de l’alternance en 2020. Le refus de Guillaume Soro de rallier le RHDP se trouve donc ailleurs. Pour autant, il aurait été bien inspiré de ne pas aller à la rupture avec une coalition qui lui a beaucoup donné. C’est en cela que sa décision parait curieuse, comme s’il lâchait la proie pour l’ombre. Pour preuve, il n’est désormais plus qu’un ‘’chômeur’’ obligé de demander des sacs de riz à ses partisans. Plus sérieusement, il avait tout à gagner à rester à sa place. Personne ne lui en aurait fait le reproche, d’autant que son ancrage au RHDP ne faisait l’objet d’aucun débat.

Il avait tout à gagner à rester au perchoir

Au lieu de quoi, il a préféré créer le buzz en claquant la porte du RHDP pour se lancer à l’aventure. Il semble avoir trouvé un point de chute auprès de Bédié qui compte sur lui pour sa plateforme, mais ce rapprochement pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Surtout que Soro abandonne son ‘’vrai’’ père pour un autre avec qui il a eu un mauvais commerce dans un passé relativement récent. Peut-être que les deux hommes ont soldé ce ‘’sulfureux’’ passé, cependant, il y a comme des rémanences qui perdurent et en laissent perplexe plus d’un. De Bédié et de Ouattara, de qui devrait-il le plus se rapprocher ? A qui devrait-il pardonner le plus ses écarts ? La réponse a la clarté de l’évidence, Ouattara. Des deux, celui à qui il est le plus redevable, c’est Alassane Ouattara et il le sait. Mais, le ‘’malheur’’ de celui-ci, c’est qu’il semble être un obstacle à son ambition, celle qui semble être devenue le ressort de sa vie, devenir président de la République.

Or, Bédié se présente plutôt comme celui-là même qui pourra lui permettre d’accéder à la fonction suprême. De même, pour Bédié, Soro, avec sa popularité et son charisme, se trouve être celui qui lui permettra de reprendre le pouvoir en 2020 qui est une sorte d’année-plafond pour lui. Dès lors, il est évident que leur rapprochement est moins spontanément qu’il n’y parait, chacun croyant faire une bonne affaire. On est visiblement face à une alliance intéressée, les deux protagonistes étant dans un jeu de rôle dans la perspective de 2020. Ce qui pourrait donner le ticket Bédié-Soro face au RHDP. Voilà ce que cachent les visites de l’ex-PAN à Daoukro où il a désormais ses habitudes après avoir quitté le RHDP avec armes et bagages. ‘’Quand quelqu’un laisse, quelqu’un prend’’, assure-t-il. Sauf que c’est lui qui a voulu partir. Puisqu’il avait le choix, contrairement à ce qu’il veut faire accroire pour faire passer le RHDP pour un parti de ‘’dictateurs’’.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a fait un mauvais choix en démissionnant. Alors qu’il aurait pu continuer à siéger tranquillement à l’Assemblée nationale où il avait toute la confiance du Chef de l’Etat qui a pesé de toute son autorité pour qu’il soit élu à ce poste ( en 2012, il n’avait pas les 40 ans requis par la Constitution, mais sa candidature a été maintenue). Mais, tout semble indiquer que pour Guillaume Soro sa candidature à la présidentielle 2020 passe avant tout. Il a donc sacrifié son poste donc son confort à cette ambition. En prenant le risque de se mettre à dos le RHDP et le président de la République. Et dire que ce dernier a usé de tout pour le dissuader de passer à l’acte. Mais rien n’y fit. Du coup, de son bienfaiteur et presque père, il a fait un adversaire.

Et pourtant, il aurait pu faire l’économie de cette stratégie ‘’suicidaire’’, puisque dans la course à la magistrature suprême, il a un allié de taille, un allié que n’a pas Bédié qui est dans la dernière ligne droite de sa carrière politique et, peut-être, de sa vie. C’est le temps. Une occurrence qui devrait lui enseigner une vertu essentielle en politique, la patience. Il faut savoir attendre pour avoir raison, dit un dicton. Le député de Ferké devrait en prendre de la graine pour ne pas compromettre ses chances.

Guillaume Soro devrait en prendre de la graine

En tout état de cause, si sa démission est un fait, on se demande bien pourquoi il se croit obligé de charger avec autant d’impertinence et le RHDP et le président Alassane Ouattara qui continue pourtant à le considérer comme un fils. C’est pourquoi, ce qu’il faut bien appeler l’affaire ‘’du jeune homme’’ est du plus mauvais effet. De fait, qu’est-ce qui, dans cette appellation, insupporte-t-il tant Bogota au point de lui faire prendre la mouche. ‘’Gbagbo ne m’a jamais appelé ‘’jeune homme’’ ; Bédié aussi ne m’a jamais donné du ‘’jeune homme’’, s’offusque-t-il, en substance, comme si c’était la pire des injures. Dans son ire, il semble avoir oublié de qui il parle. Si avec Gbagbo et Bédié, il a eu ou a les meilleurs rapports, il ne faut pas oublier qu’avec Ouattara, ses rapports ont touché un autre registre. C’était de l’ordre de l’intime, on pourrait dire ‘’familial’’.

 Certes, il était président de l’Assemblée nationale mais Ouattara voyait davantage le ‘’jeune homme’’ qu’il a placé sous sa coupe et qu’il considère comme son fils (il n’a de cesse de le dire) que l’homme d’Etat. Comment se fait-il que Soro n’a pas compris cela et qu’il ait laissé son amour-propre lui dicter la conduite à tenir ? A l’évidence, il a surréagi. Et depuis, il parle, parle et parle, comme atteint d’incontinence verbale. Visiblement, il en veut au RHDP et au président Ouattara. Mais, il devrait plutôt s’en prendre à lui-même. Puisqu’il est victime de ses choix. Personne, faut-il le rappeler, ne lui demandait de refuser d’adhérer au RHDP. D’autant qu’il y était déjà (puisqu’il a été élu à la présidence de l’Assemblée nationale sous la bannière desHouphouétistes). A l’évidence, il a voulu faire son intéressant en snobant le RHDP. Et le président Alassane Ouattara a dû en tirer les conséquences, toutes les conséquences. Au nom d’une certaine exigence de cohérence et de logique….parlementaire. Tel on fait son lit, on se couche, dit un proverbe.

AMBROISE TIETIE

 

 

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