L’intégration nationale: la tâche suprême de l’État moderne en Afrique noire au XXI ième siècle.  0

Dans les sociétés caractérisées par une grande diversité des appartenances ethniques et confessionnelles, la politique rationnelle et légitime de nos jours est  une politique d'intégration nationale, d’unification de cette hétérogénéité sociale.  

Telle est la fonction politique suprême de l'État moderne né de l'avènement de la démocratie pluraliste au 19ième siècle. Cette forme d'État fut créée pour intégrer la diversité des populations d’un territoire, pour unifier cette hétérogénéité  à travers une politique sociale et économique d’inclusion. Il en fut ainsi en Europe Occidentale et en Amérique du nord où cette forme d'Etat démontra son efficience intégratrice sous la forme de l'Etat providence dans le régime de démocratie pluraliste républicaine.

La demande populaire d’Etat et de nation comme garantie politique de solidarité et de sécurité sociale dans le nouveau monde globalisé marqué par les poussées identitaires confirme la légitimité démocratique des politiques d’intégration nationale. Aujourd’hui comme hier, l’Etat démocratique moderne et sa variante postmoderne,  conservent pleinement leur fonction d’intégration nationale et de service de  la société.

En nos sociétés africaines marquées par la pluralité des appartenances, la fragmentation et le clivage social, cette politique d’intégration nationale est un impératif catégorique. Nous ne devons pas, en Afrique noire, nous méprendre sur cette fonction d’inclusion sociale et d’intégration. Elle est la raison d’être de l'État moderne.

La colonisation avait installé en nos territoires, une forme dévoyée d’Etat moderne. L’État colonial fut, à dessein un État liberticide de répression, d'exploitation et de prédation dans les territoires sous tutelle. L’Etat colonial fut un Etat moderne déformé à escient pour servir les fins de la domination. Il fut par la suite réapproprié par une certaine intelligentsia  et par certains dirigeants africains.

Instrumentalisant les appartenances primordiales à des fins de pouvoir personnel, ces derniers érigèrent en modèle absolu cet État dévoyé pour abriter à des fins de prédation de type colonialiste, des dictatures ethniques au service de leurs intérêts particuliers de classe. Dans la plupart des cas, le socialisme et le libéralisme furent des paravents exhibés pour abriter un Etat patrimonialiste restructuré selon le modèle et les logiques des royautés précoloniales, autrement dit, selon les modèles inégalitaires des anciens régimes.  Cette forme répressive et prédatrice d’Etat fut le fléau du 20ième siècle africain.

La tâche politique suprême des nouvelles élites politiques et des intelligentsias progressistes d'Afrique noire en ce premier quart du 21ième siècle est de travailler à bâtir en leurs territoires respectifs, au moyen des reformes démocratiques  selon leurs obédiences politiques respectives, des États intégrateurs soucieux d'inclusion sociale et d'intégration nationale, des États-nation.

Il s’agit de reconstruire les corps politiques africains avec les principes, les valeurs et les projets sociétaux de la démocratie pluraliste républicaine qui appelle toujours à unir l’ethnicité et la rationalité moderne, l’esprit des cultures et l’esprit du temps. Cette combinaison de l’identité culturelle et des formes nouvelles de rationalité qui construit le changement social et le progrès historique est la raison d'être ultime de l'affrontement démocratique en Afrique noire.

Le nationalisme identitaire et le national-populisme qui en appellent au passé contre le présent et l’avenir  naviguent à contre-courant de cette destination de l'État moderne et de ce projet démocratique continental.

 En nos Etats qui n'ont pas encore réussi à combiner l’identité et la modernité, à construire leur intégration nationale ou qui sont en voie de réussir cette combinaison et de construire leur intégration, ces figures antipolitiques du nationalisme incarnent des forces réactionnaires d’exclusion sociale et de désintégration nationale, de régression économique politique et sociale. Elles doivent être récusées et rejetées par les peuples.

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