La crise PDCI-RHDP ou la problématique du service des valeurs dans la démocratie pluraliste africaine.:  0

En cette crise opposant une partie du PDCI à la coalition RHDP, on a vu certains acteurs politiques ivoiriens se revendiquant de l'houphouëtisme, tenir le discours du nationalisme ethnique, mobiliser les thématiques du populisme, de l’antilibéralisme, rejeter la nation démocratique, mettre en œuvre des pratiques qui relèvent du séparatisme ethnique et en appeler à la guerre civile, violant ainsi, ouvertement, les valeurs de l’houphouëtisme. On les a vu, néanmoins, continuer à se revendiquer de l’houphouëtisme qui comme on le sait est un nationalisme libéral fondé sur l’alliance des identités ethniques et de la modernisation économique.

On a vu des acteurs politiques adopter une posture d’autocrate, entrer en dissidence contre les valeurs du centrisme républicains et amorcer, avec les extrémismes, des alliances politiques contre-nature marquées par la volonté débridée de pouvoir.

On les a vus renier leur signature relativement au renforcement d’une coalition républicaine et continuer en même temps à se revendiquer de la démocratie républicaine.

On les a vus se contredire en résiliant les raisons justificatives de leur rébellion et de leur résistance contre l’ethno-nationalisme meurtrier qui dévasta la Côte d’Ivoire entre 1990 et 2011.

On les a vus, malgré ces contradictions évidentes et ces  impostures, continuer à bénéficier de soutiens sans faille  dans les appareils partisans et dans une certaine partie de la population.

Certes, les élections locales viennent de démontrer que la conscience des valeurs démocratiques et des attentes sociales qu’elles fondent a prévalu, dans l’électorat ivoirien, sur les attachements de nature tribale à la personne des acteurs politiques. Il est essentiel, néanmoins, de prendre conscience de la résilience en Afrique de ces attachements primordiaux que tentent de mobiliser en permanence la propagande des partis anti-démocratiques.

La force de notre attachement à la personne physique de nos acteurs politiques  et la faiblesse de notre attachement aux principes, aux idées et aux valeurs de ce régime politique sont l’une des causes majeures de la maladie de la démocratie pluraliste en Afrique noire.

La démocratie pluraliste africaine est gangrenée par la prééminence de la solidarité mécanique qui définit les communautés tribales et par le déficit de la solidarité organique de nature politique qui définit les sociétés nationales.

Il nous faut affaiblir notre attachement à la personne physique de nos acteurs politiques et renforcer notre attachement aux principes et aux valeurs qu’ils doivent  incarner en leur personne en se libérant de leur propre ego.

Notre attachement personnel aux valeurs, aux principes et aux idéalités de la démocratie pluraliste, doit prévaloir sur notre attachement à la personne physique des acteurs politiques pour que la démocratie pluraliste puisse se renforcer en Afrique Noire.

Notre attachement aux personnes et aux chefs de parti dans ce régime doit être déterminé par leur aptitude à incarner les principes et les valeurs de ce régime et ceux de leurs obédiences politiques respectives. Leur autorité doit provenir de leur aptitude à incarner les principes et les valeurs de leurs obédiences respectives et ceux du régime de démocratie pluraliste.

Telle est la condition déterminante pour que les partis politiques africains se conforment à leur rôle fonctionnel dans ce régime et que les coalitions se forment selon le principe de cohérence et de convergence de vue programmatiques et sociétal.

Le service concret des besoins sociaux des peuples et des personnes, de leur égalité, de leur liberté et de leur dignité est la valeur démocratique qui confère à ses acteurs une autorité politique. Le service des ambitions personnelles de pouvoir est une antivaleur qui dévalorise et fait déchoir politiquement ses auteurs et acteurs.

Conserver sa confiance à un chef politique et le soutenir  alors même qu’il trahit les principes de son obédience et les valeurs du régime de démocratie républicaine, c’est être complice de sa dérive et faire prévaloir la solidarité mécanique de nature tribale sur la solidarité organique de nature politique.

Prétendre défendre les besoins sociaux des peuples, leur liberté, leur égalité et leur dignité et engager, simultanément, avec des autocrates et des populistes confirmés, des alliances cyniques motivées par la volonté de pouvoir c’est dériver, de manière flagrante, dans l’imposture.

La démocratie républicaine pluraliste n’est pas un régime nihiliste régi par le cynisme et l’absence de principes. La politique démocratique n’est pas une politique d’impudeur. Platon considérait  déjà en son temps que la pudeur est la vertu cardinale de la politique et que la déficience de pudeur en est le fléau. Il conseillait d’éloigner du pouvoir les impudents de la cité.

Nous devons parvenir à nous réapproprier individuellement et collectivement cette vision du monde afin de refonder la politique africaine sur les principes. Nous devons nous réapproprier l’éthique démocratique du service des valeurs et des demandes sociales afin de libérer la démocratie africaine  du poids mortifère de la culture de la dépendance personnelle et de l’irresponsabilité politique et morale.

 La pérennité et l’efficience de la démocratie pluraliste en Afrique dépendent de cette conversion mentale aux valeurs et aux principes de la modernité politique. Elles dépendent d’une révolution de notre manière de penser et d’une reforme progressive de notre manière sentir.

 

 

 

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