LE PDCI-RDA, UN TEMPLE DÉSORMAIS SANS SANCTUAIRE  0

DIBI Kouadio Augustin

Professeur titulaire de Philosophie                                                            

Université Félix Houphouët Boigny de Cocody

LE PDCI RDA, UN TEMPLE DESORMAIS SANS SANCTUAIRE

L’ami, habitué à notre pays et venu ces jours de l’étranger pour nous rendre visite, ne manquera pas, en nous quittant, de garder au plus profond de lui-même, le sentiment suivant : ce pays, manifestement, affectionne de vivre dans l’indifférence du temps sans se soucier une seule seconde des leçons que lui donne, dans le silence et le recueillement des choses, son passé même le plus récent.

Quel est en effet ce peuple qui, lorsque tout semble le conduire à un lieu de synopse, de convergence et de rassemblement du divers, préfère effacer, de très brutale manière, ce que, dans la patience, la douleur et la persévérance, il a su construire, remettant ainsi en cause sa propre œuvre, comme s’il avait choisi d’avoir pour compagne fidèle l’obscurité ? Après tout ce que nous avons vécu et qui a profondément défiguré notre pays, comment comprendre que nous ne fassions pas l’effort de nous saisir de l’heureuse occasion de reconstruction, de restitution et de réconciliation en cours depuis quelques années ? De l’encre noire des épreuves, pourquoi ne pas nous exercer à tirer les plus belles couleurs afin de poursuivre le chemin en le polissant et en le consolidant ? Pourquoi, une fois dans le train, cette habitude de somnoler et de nous endormir pour ne nous réveiller qu’au moment de la collision ?

Dans la presse, nous avons pu lire que le PDCI RDA a décidé de se retirer du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix, et qu’il « se réserve le droit de promouvoir une nouvelle plateforme de collaboration avec d’autres personnes » ! A vrai dire, l’observateur avisé sentait la chose venir, depuis que cette formation politique, à travers plusieurs voix dans les journaux et des textes écrits, parle de l’Alternance comme « reconquête du pouvoir », invite à libérer le pays en nous mettant en rang de bataille, note une dictature et une « dérive autoritaire » de l’actuelle gouvernance dont il assure pourtant intimement la cogestion ! Un enfant dont l’intelligence est éveillée pourrait poser à ses parents les questions suivantes : le pouvoir actuel conduit-il mal les affaires du pays ? Ne sentons-nous pas depuis quelques années une embellie des choses ? Pourquoi changer d’attitude et trouver subitement des vertus à des personnes que l’on a rejetées, au point de penser à initier avec elles une plateforme de collaboration ?

On aura compris que rien ne justifie pareille attitude, sinon le désir du pouvoir, loin de tout débat d’idées susceptibles de proposer une vision autrement enrichissante et épanouissante. Ce désir du pouvoir se nourrit de l’idée assez obscure que l’autre par sa réussite nous fait ombrage, qu’il aurait bien fait de ne pas être là parce qu’il boucherait notre horizon ! Le prophète Habacuq révèle  que « la puissance est dangereuse : les hommes orgueilleux ne sont jamais en repos, ils sont gloutons comme le monde des morts, comme la mort ils veulent toujours plus »[1].

Après le retrait du RHDP et le ton de tous les discours utilisés pour l’accompagner, ne paraît-il pas difficile et contradictoire de se réclamer « gardiens du temple », de la Maison bâtie par le Président Félix Houphouët Boigny ?

L’observateur a plutôt l’impression que les gardiens manifestement sont ailleurs, si le mot temple a un sens ! Temple renvoie à un espace sacré où sont organisées des activités rituelles. Rituel vient de ritus qui signifie « action correcte ». Pour avoir accès au temple, il importe de se tenir droit, de rectifier ses pas, en un mot, d’apprendre à marcher vers un orient constant. Lorsque nos gestes, nos mots, nos engagements donnent la preuve de ne pas porter, comme il convient, les valeurs incarnées par le Président Félix Houphouët Boigny, comment pouvons-nous prétendre être dans son temple et en assurer la garde ? Ne serait-on pas plutôt devant le temple, ce qui se traduit par le terme profanum qui donne le mot « profane » ?

Le ballet incessant des personnalités de tous ordres se rendant à Daoukro donne l’impression que le temple du PDCI RDA est certes garni d’ornements variés, mais manifestement privé de sanctuaire, d’un lieu secret le sacralisant, car y défilent des individus apparaissant comme des intrus, en terre étrangère, seulement désireux de se couvrir du manteau protecteur d’une formation politique qui a contribué à édifier notre pays et à nous nourrir utilement.

Le trésor du temple mérite hautement et autrement d’être entretenu : le RHDP n’en offre-t-il pas l’heureuse opportunité ? Ce ne serait point faire injure au Président Bédié que de dire que le RHDP est un beau cadeau que lui offre le Destin pour rassembler les morceaux dispersés, sous son règne, de la Maison du Président Félix Houphouët Boigny. Il nous a montré à un certain moment qu’il a de la hauteur, qu’il tient à voir son pays briller en myriades de scintillations, afin de devenir comme une étoile au ciel du monde. Qui ne garderait encore de l’Appel de Daoukro qui a sauvé notre pays d’un ensablement et d’un obscurcissement, un souvenir vivant ?

Le Président Bédié ne peut oublier qu’il a contribué à l’enfantement du RHDP dont il est le garant moral. Il sait que la beauté d’un tapis provient de la diversité de ses couleurs et qu’il nous faut ensemble tisser la trame des choses afin de pouvoir offrir à une nouvelle génération un horizon qui, loin de rétrécir, d’enchaîner et d’obscurcir, élargit, libère et éclaire. La colombe retrouvera un beau matin le chemin du colombier afin de n’avoir pas à trahir sa propre essence, son « Ethos ».

DIBI Kouadio Augustin

Professeur titulaire de Philosophie                                                            

Université Félix Houphouët Boigny de Cocody

 


[1] Habacuq 2, 5

 

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