La problématique du RHDP Parti unifié en Côte d’Ivoire : l’analyse biaisée de Jean-Baptiste Placca.  1

Marquée par son aspect personnalisé, l’analyse de Jean-Baptiste Placca, éditorialiste Afrique de RFI, publiée sur le site internet du Journal ce samedi 21 avril, biaise la problématique ivoirienne. Cette analyse, intitulée « Côte d’Ivoire : l’inéluctable rupture PDCI-RDA/RDR », est superficielle car elle occulte la dimension idéologique et programmatique de l’affrontement politique ivoirien. La rupture qui soulève des questions n’est pas la rupture entre le PDCI et le RDR. Ces deux partis demeurent, jusqu’à preuve du contraire, unis au gouvernement dans une coalition houphouëtienne d’obédience libérale. L'inéluctable rupture intra-partisane, qui met en péril la stabilité politique de la Côte d’Ivoire, est celle du PDCI-RDA déchiré entre une aile identitaire anti-républicaine et une aile démocratique et républicaine.

Jean-Baptiste Placca aurait dû concentrer son analyse sur cette crise idéologique et politique au sein du PDCI. Le réductionnisme personnaliste de son analyse, qui réduit la problématique ivoirienne à un combat de chefs entre  Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, qui l’aurait « détrôné », occulte la dimension idéologique et programmatique capitale de la crise interne du PDCI qui menace l’unité du front républicain ivoirien.

Il fallait donc adopter la perspective d’approche idéologique et programmatique, et poser la question de l’unité  républicaine qu’entame la division idéologique interne de ce parti.  Ce point de vue critique aurait permis de rendre plus objectivement compte de la problématique politique ivoirienne qui n’est pas identifiable à un combat de chefs.

 Cette perspective critique d’analyse politique et idéologique s’impose aussi au journalisme africain, qui ne peut pleinement remplir son office d’objectivité informationnelle sur le continent africain  qu’à cette condition.

Quelle était la vocation du PDCI-RDA créé par Félix Houphouët-Boigny durant la lutte anticolonialiste? Quelle idéologie et quel programme politique incarne le PDCI-RDA aujourd'hui? En quels termes devrait être posée la question de la survie du PDCI-RDA? Devrait-elle être posée  en termes de sauvegarde de son identité idéologique  dans un grand parti houphouëtiste ?  Devrait-elle être posée en  termes de négation de cette identité dans une dérive nationalitaire qui viole l’esprit de l’houphouëtisme ? Quelle idéologie et quel programme politique incarne le RDR? Quel était le projet politique défendu par le RHDP face au FPI de Laurent Gbagbo?

Laurent Gbagbo avait-il gouverné la Côte d’Ivoire en socialiste, en homme de gauche soucieux de la condition des catégories sociales les plus faibles de la société ivoirienne ? L’avait-il, au contraire, gouverné en qualité de représentant politique d’une alliance interethnique des autochtones soucieux de libérer la Côte d’Ivoire d’une domination de prétendus étrangers ? Laurent Gbagbo a-t-il respecté, durant sa gouvernance, le principe démocratique d’égalité et de similarité qui rassemblait auparavant les Ivoiriens dans la citoyenneté ?  Le FPI, en quête de revanche, n’a-t-il pas en réalité perdu le pouvoir en raison de cette dérive identitaire ? A-t-il fait son aggiornamento idéologique et programmatique ? Envisage-t-il de reconquérir le pouvoir d’Etat en qualité de parti socialiste ou de parti nationalitaire ?

L’alternance démocratique ne devient-elle pas problématique et ne doit-elle pas être négociée, afin de garantir la paix sociale et la stabilité politique, quand on sait que le PDCI est grevé de l’intérieur par un courant ethno-nationaliste qui se représente le pouvoir d’Etat ivoirien comme un trône royal, et raisonne en termes de reconquête d’un héritage coutumier ?

Comment garantir institutionnellement la continuité de la paix sociale et de la stabilité politique dans une Côte d’Ivoire où l’affrontement politique oppose des nationaux-populistes d’extrême gauche et une coalition de forces libérales (démocratiques et républicaine) grevée par une dissidence ethno-nationaliste ?  

En réduisant le problème à une querelle de personnes, et en polarisant la problématique ivoirienne sur une dispute de personnes et d'appareils pour le pouvoir, Jean-Baptiste Placca sème la confusion. N’est-il pas significatif que Jean-Baptiste Placca  mobilise l’argumentaire de la lutte pour la conquête du Trône entre Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara et prédise une conclusion sanglante au terme de cette analyse réductionniste ?

Comme tous ses pairs, qui mobilisent souvent la grille de lecture personnaliste et ethniciste, il occulte les visions du monde et les idéologies démocratiques ou anti-démocratiques, républicaines ou anti-républicaines qu'incarnent les partis et leurs dirigeants en Afrique.

Replacé sous la perspective de l’analyse critique, l’affrontement politique ivoirien oblige nécessairement à poser la question de la dérive nationalitaire et identitaire d'une partie du PDCI-RDA en contradiction avec son projet originel.

La problématique politique qui devrait être soulevée au niveau journalistique, et que Jean-Baptiste Placca ne pose pas, est donc bien celle de la dérive nationalitaire  d'une faction du PDCI-RDA. Cette dérive identitaire qui avait été à l’origine de la rupture de la Côte d’Ivoire dans les années 1990  menace à nouveau  la survie politique du parti et le met en contradiction avec le projet national ivoirien.

L'inéluctable rupture qui soulève des questions est celle du PDCI-RDA déchirée entre une aile identitaire et une aile démocratique et républicaine. Cette scission idéologique grave  impose une reconfiguration de la coalition RHDP et de l’alternance, pour faire durablement face au péril nationaliste. Aveugle à cette dimension, Jean-Baptiste Placca n’y a vu que du feu dans la complexité de la problématique politique ivoirienne. Son analyse simplificatrice, qui mobilise des grilles de lecture périmées, ne rend pas raison de cette complexité.  

 

1 commentaire

Le problème au PDCI-RDA, c’est que la base n’est plus d’accord avec le sommet. Pour la base du parti de Houphouët-Boigny, une alliance où certains cadres du Rdr utilisent, présentement, le double langage ne doit plus exister.
Certains cadres du PDCI-RDA qui sont dans cette dynamique du respect de la « parole donnée » ont commencer à brocarder ce jeu malsain de leurs alliés…
Dans ce désordre, un inconnu risque de prendre le pouvoir d’État dans leur main… Suivez mon regard!!!!

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