La problématique de l’ivoirien nouveau envisagée sous l’éclairage du terrorisme djihadiste. 1ère Partie.

Les terroristes, auteurs et commanditaires du massacre des innocents commis à Grand Bassam sont entièrement responsables et coupables. Ni leurs victimes ni le peuple ivoirien ne sont en rien responsables de leurs forfaits et de leur ignominie. Néanmoins, du point de vue de la forme, une  continuité entre les crimes de masse de la guerre civile  et les massacres perpétré par les terroristes doit être établie pour éclairer la spécificité de la tâche politique qui est la nôtre : la quête d’une société nouvelle et d’un ivoirien nouveau, d’une société réconciliée avec elle-même dont le Président de la République a indiqué le chemin.

Ce que nous voulons construire, c’est une société réconciliée en profondeur avec elle-même et  dans la diversité de ses composantes. Notre projet national est de bâtir un nouveau corps politique intégrateur qui a exclu la séparation et l’exclusion et restauré en son sein la relation dialectique vivante de la particularité et de la généralité.   

La guerre civile, déchirure interne,  dont le terrorisme autochtone est le symbole, a été causée par la rupture du lien vital unissant les pôles opposés mais complémentaires de la vie. Figure de la particularité, l’ethnicité s’est dressée contre la citoyenneté, une des figures de la généralité qui permet d’unir la diversité dans un sentiment de similarité et  d’appartenance nationale à l’intérieur d’un Etat. Cette guerre intérieure de l’ethnicité  contre la citoyenneté, de la particularité contre la généralité, s’est extériorisée  comme guerre civile et a ébranlé les fondements de la Cité.  Les auteurs de l’attentat de  Grand Bassam se sont infiltrés dans les fissures consécutives  de la cité causées par la rupture du sentiment d’appartenance commune.

Le rejet de la Justice pénale qui répare, rejet thématisé sous la notion de « justice du vainqueur », n’a signifié qu’une chose : la non reconnaissance subjective et juridique par certaines parties du corps social ivoirien du crime comme crime et du massacre comme massacre. Cette absence de consensus politique sur la condamnation judiciaire du crime comme crime, ce rejet de la justice réparatrice  qui implique un volet pénal nécessaire, institue  au cœur de la cité une fissure béante dans laquelle le crime s’installe durablement. La contestation, dans la forme et dans le fond,  des procédures judiciaires et des sanctions pénales  rend quasi impossible le pardon qui réconcilie la Cité.  Elle entretient la fissure qui dresse intérieurement  les parties de la Cité les unes contre les autres.

Durant la guerre civile, nous avons massacré  en déniant  au compatriote son humanité et  son appartenance à la Cité commune. Nous  l’avons  désigné comme un ennemi. Nous  refusons pour cela d’assumer le crime, d’y répondre judiciairement en reconnaissant notre culpabilité pénale. Nous récusons, par conséquent,  la responsabilité politique non pénale qui consiste pour chaque membre de la cité  à répondre d’autrui. Cette  dénégation du sentiment d’appartenance commune est une dénégation de la fraternité. Elle brise la société (socius) en désignant l’Autre, le frère  comme un ennemi à anéantir. Cette dénégation de l’appartenance commune  projette  l’hostilité et  la haine  au cœur de la Cité car l’Autre, qu’on désigne comme ennemi, est un autre soi-même.

 Les réconciliations factices, les réconciliations fondées sur  l’impunité ou sur la sanction pénale indiscriminée des protagonistes du conflit, ne réparent pas  la division interne de la cité. Elle laisse intacte la haine réciproque dans le cœur des membres de la cité qui ne sont pas parvenus à consentir au pardon réciproque, qui seul relie les altérités dans une fraternité réciproque. 

Au final, cette haine l’Autre est une haine de soi qui va  s’exprimer théâtralement  dans le geste suicidaire du terroriste djihadiste. Le terroriste djihadiste est  l’égrégore, né  de notre haine individuelle et collective,  qui donne la mort aux autres tout en se suicidant soi-même pour s’affirmer comme néant. Le suicide du terroriste djihadiste symbolise une réconciliation problématique  et bloquée par une division interne.  Pervertie  par la haine, la réconciliation est biaisée parce que la réconciliation demandée et désirée est en réalité une réconciliation d’impunité. Cette réconciliation d’impunité  transforme le lien social et la solidarité   en complicité, c’est-à-dire en protection du meurtre et du mal. Cette complicité  avec le meurtre, et  avec ses commanditaires et acteurs, introduit le meurtre à l‘intérieur de Cité. Elle aménage au terroriste une cachette au sein de la Cité. Elle favorise une éventuelle complicité intérieure avec les modèles du meurtre de masse perpétré dans une volonté d’anéantissement radical.

Il faut expulser de la Cité  la haine et le meurtre en reconstruisant, par l’amour de l’Altérité et de la Différence, le sentiment d’appartenance commune qui permet de bâtir la nation comme unité de la diversité. Il faut reconnaitre la relation  vitale des archétypes opposés, tels la particularité et la généralité,  qui permettent d’unir les différentes parties de la  cité. Il faut réparer  la division interne qui sépare chacun de soi-même et des autres par une aptitude à  se reconnaître dans l’Altérité et la différence.

C’est par cette médiation obligatoire que naîtra l’ivoirien nouveau et la Côte d’Ivoire nouvelle qui sortira de cette réconciliation active avec lui-même. Quelles sont donc concrètement les voies pour y parvenir ? Comment construire l’ivoirien nouveau dont la Côte d’Ivoire nouvelle sera nécessairement l’œuvre et la conséquence ?

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